Richard JEFFERIES, William BLANC, Mark FROST
À LA FLAMME
392pp - 22,00 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Après le passage d’un mystérieux corps céleste, l’Angleterre subit une série de catastrophes, dont l’apparition d’un immense lac en son centre n’est pas des moindres. Un lac qui engloutit de nombreuses villes, parmi lesquelles… Londres. Suite à cette quasi-apocalypse, la majorité des survivants lettrés quittent le pays, abandonnant une population affaiblie, démunie, inapte à une quelconque forme de technologie. Bien vite, et presque naturellement, est-on tenté d’écrire, l’Angleterre victorienne régresse aux temps féodaux. Bien des années plus tard, alors que ces temps prospères de pré-catastrophe sont oubliés, relégués au rang de légende, le jeune Félix Aquila, idéaliste intellectuel dans un monde qui n’encourage que les faits d’armes, décide de partir, seul, explorer le lac, en quête d’un trésor et d’un domaine qui feraient de lui un homme puissant, lui ouvrant par là-même les bras de la belle Aurora. Mais les dangers du lac sont nombreux. Des hommes des buissons aux redoutables gipsies, en passant par les rois jaloux et les effluves empoisonnés de l’ancienne Londres, Félix n’est pas au bout de ses surprises, et devra faire preuve de trésors d’inventivité pour survivre à son voyage…
Considéré comme un classique du genre post-apo’ outre-Manche, paru originellement en 1885, After London se divise en deux parties. La première, exclusivement descriptive, montre le monde d’après la catastrophe et son évolution au fil des ans, non seulement en ce qui concerne les humains, mais aussi et surtout la nature. La seconde partie se concentre sur l’aventure de Félix à la découverte de cette mer intérieure méconnue des populations restées sur place.
Intéressant dans ses descriptions du monde, le roman a hélas tendance à délaisser les enjeux politiques et historiques inhérents au genre. Seul l’amour de Félix pour Aurora a quelque importance et guide Félix sur sa route, d’où l’étrange impression de lire ici une espèce de romance moyenâgeuse où le courage et la richesse font l’homme plus que son esprit… Si Félix n’a rien d’un brave au départ et questionne sa condition, il ne la combat pourtant pas, allant même jusqu’à devenir soldat pour conquérir sa belle, rendant caduques toutes ses interrogations sur le monde qui l’entoure. Têtu, borné, mais néanmoins intelligent et sarcastique, on attend en vain de Félix une remise en question sociétale, même à minima. Peine perdue, il reste hautain de bout en bout et n’évolue que peu, ce qui n’aide guère à l’immersion, faute d’identification — un travers regrettable.
In fine, After London ne présente qu’un aperçu parcellaire de ce qu’aurait pu devenir la société anglaise du XIXe siècle suite à une catastrophe majeure. Trop long, trop descriptif, pas assez riche de sens et d’idées, le récit, faute de susciter une réelle réflexion, provoque plutôt l’ennui.
Éléonore Bailly