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Les critiques de Bifrost

Au coeur des Méchas

Denis COLOMBI
1115
96pp - 9,00 €

Critique parue en octobre 2024 dans Bifrost n° 116

« Vous êtes là pour le combat, vous aussi ? Pour voir le Mécha se battre ? On peut attendre ensemble si vous voulez. » Et pendant que nous attendons l’affrontement des deux monstres, l’un mécanique, l’autre d’origine extraterrestre, ma voisine me raconte tout. Toute sa vie. Et pas n’importe quelle vie, celle d’une mécanicienne au sein d’un Mécha. Vous savez, ces robots géants créés pour combattre les Titanides venus envahir la Terre ? On voit souvent les pilotes dans les médias, mais j’étais loin de me douter qu’il pouvait y avoir jusqu’à trente personnes à l’intérieur pour réparer, armer, assurer la maintenance en temps réel et exécuter les ordres des pilotes. Sans eux, ces derniers ne serviraient à rien. Sa vie a dû être incroyable mais… « Pourquoi ce sont des humains qui font tout ça ? C’est assez évident, non ? On coûte moins cher que des droïdes. » Et ma voisine en sait quelque chose, elle était à l’intérieur, aux premières loges, elle a vu mourir ses collègues, ses amis, et pas seulement à cause du feu ennemi… demandez-lui.

Sur le ton d’un échange informel, la narratrice se confie à son vis-à-vis, à vous, à moi, dans l’intention d’embarquer son auditoire avec elle et de créer un lien direct avec son histoire, une proximité, et cette construction narrative fonctionne plutôt bien. Les conditions ouvrières qu’elle décrit sont celles de nos mineurs et poilus d’autrefois, de la chair à canon dont le sacrifice au combat ou la dureté de la tâche compte peu aux yeux des politiques et des industriels. Un être humain est si facilement remplaçable. Des travailleurs de l’ombre, invisibles, qui représentent bien peu de choses comparés aux pilotes que les médias exposent, que le peuple adule, ces héros face l’invasion extraterrestre. Mais qui, sans leur équipage, ne seraient rien.

Docteur en sociologie, Denis Colombi ne se lance pas dans de grands discours sur les méchants et les gentils d’un futur qui pourrait être le nôtre, car la proximité de la narratrice avec son lecteur suffit, et l’auteur utilise son témoignage pour seul argument. Le témoignage des conditions de travail et de vie de ces hommes et femmes devrait suffire. Ce qui est loin d’être le cas. Comme la narratrice le comprendra, son avis ne compte pas : seule la vengeance personnelle pourra faire bouger les choses. Peut-être. Ou pas. Au cœur des Méchas parle aussi de choix, que l’on fait par amour, que l’on fait pour se conformer à la mode, de manipulation du corps comme des esprits. Mais si le discours est louable, il est évident. Reste que le cadre, avec ces robots géants à la Pacific Rim, apporte le grain d’originalité à une intrigue qui peine à transformer une lecture divertissante en un moment plus marquant.

 

 

Aayla SECURA

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