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Les critiques de Bifrost

Au Creux des étoiles

Emmanuel BRIÈRE LE MOAN
MNÉMOS
208pp - 19,00 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Ses traumatismes d’enfance désormais enfouis, Julius Harrison mène une vie anesthésiée dans l’ordinaire d’un parcours d’adulte sans lendemain. Jusqu’à ce qu’il se trouve embarqué avec quatorze autres candidats volontaires, triés sur le volet, dans un programme top secret. Au cœur d’un complexe hautement sécurisé, Julius et les autres subissent toutes et tous, simulation après simulation, un entraînement dont le but ne leur sera jamais expliqué… du moins pas par leurs recruteurs.

Emmanuel Brière Le Moan, pour ce deuxième (court) roman (le premier, une novella, plutôt, Conte des cinq sens, étant paru chez Flatland en 2024), se livre ici à un exercice difficile, et qu’il aura bien du mal à mener, à savoir embrasser un spectre des plus large en quelques deux cents pages : transhumanisme, exobiologie, panspermie… mais aussi une réflexion plus ontologique filée tout au long de ce récit sur la nature de notre humanité, et plus largement sur le sens du vivant. Petites et grandes questions, interactions banales et voyages époustouflants se disputent l’attention d’un lecteur que l’on conduit de tableau en tableau sans lui laisser le temps de réfléchir au précédent, survolant le propos plus qu’il ne s’en approprie l’essence.

Se l’approprier à travers les yeux de Julius, fil rouge de cette histoire ? Si peu, tant notre protagoniste semble lui-même se distancier des événements, au point de donner l’impression d’être étranger à sa propre existence — y compris lorsqu’il relate ses souvenirs. À travers ceux de ses camarades, alors ? Pas davantage, puisqu’ils ne feront pas en quelques pages ce que Julius n’a su faire en deux cents. Non plus qu’à travers celui d’autres formes de vie dont les personnages croiseront la route au sein de la galaxie, dans une tentative de réflexivité que l’anthropomorphisme a toujours rendue particulièrement hasardeuse dans la fiction.

Ce patchwork impressionniste d’expériences peine à graver ce fameux vertige dans l’esprit du lecteur, quand bien même on le sent pourtant vivace dans celui de l’auteur. Et le lecteur d’arriver à la dernière page un peu sonné, avec la sensation d’avoir été tiré par la main pour traverser en courant et sans s’arrêter les différentes pièces d’un lieu dont on lui avait promis une visite extraordinaire. Certains s’en contenteront, puisque la lecture de ce roman s’avère facile et légère, mais d’autres, restés sur leur faim, reprocheront peut-être à l’auteur d’avoir eu les yeux plus gros que le ventre de ses ambitions premières.

Camille Vinau

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