Roland C. WAGNER
MNÉMOS
364pp - 9,90 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Connaissez-vous le capitaine Lit de Roses ? Ce truculent colosse aussi haut que large, aux cheveux bleus et doté d’une faculté rare, l’hyperstochastie — une autre manière de dire que le personnage a le cul bordé de nouilles — est le héros de deux romans.
Le premier, Les Psychopompes de Klash (paru en 1990 au FNA, sous le pseudo de Red Deff), nous présente la planète Klash qui, des siècles plus tôt, a été disputée par trois races spatiopérégrines, dont les Humains. Un statu quo délicat existe, l’astre étant désormais peuplé par les trois races de manière égalitaire… mais un rien peut tout déséquilibrer. Pour se tenir au courant des intentions des autres races, la Terre emploie des agents secrets, mais ceux-ci ont tendance à disparaître. Oups… Le dernier en date, avant de mourir, a requis l’intervention d’un chronopathe — un individu capable d’accélérer le vieillissement des choses qui l’entourent. Pour accompagner celui-ci, un gamin mutique, sur Klash, il y a l’adepte d’une philosophie purement pacifiste et une aventurière bien moins regardante quant à la fin et les moyens. Bientôt, le trio improbable est rejoint par Lit de Roses qui, de personnage secondaire, occupe très vite le devant de la scène. Les péripéties s’enchaînent sans répit, jusqu’à un final explosif.
Publié en feuilleton dans les Bifrost 13 à 20, Par la noirceur des étoiles brisées se déroule peu de temps après les événements des Psychopompes… Lit de Rose, en compagnie d’un alien bouffeur de métal, est projeté malgré lui dans la Petite Île, une galaxie naine au large de la Voie lactée. Re-oups… Pour espérer rentrer chez lui, le capitaine pas si chanceux devra emprunter la route de brique jaune jusqu’à atteindre le Roi pourpre, et, en chemin, va rencontrer d’infortunés compagnons, tels une femme chat terriblement sexy qui ne peut s’empêcher de susciter l’effroi autour d’elle, ou une robote irascible. Une nouvelle fois, les péripéties se suivent sans se ressembler, jusqu’à un final lui aussi spectaculaire.
Ces deux récits se caractérisent par leur générosité à tous points de vue. De l’action et des rebondissements portés par des personnages hauts en couleur, une foultitude de références — en premier lieu à la SF aventureuse, de Jack Vance à E.E. « doc » Smith, mais aussi à L. Frank Baum et son fameux Magicien d’Oz et, dans une moindre mesure, au rock. L’imagination de RCW ne se refuse rien, même si l’on peut s’agacer de la foultitude de races aliens dont le nom comporte une avalanche de X et de Z redoublés. L’essentiel est que notre auteur semble avoir pris autant de plaisir à écrire ces deux aventures de Lit de Roses que nous à les lire, et on regrettera qu’il n’y ait pas eu davantage d’aventures de l’hyperstochastique capitaine.
Erwann Perchoc