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Les critiques de Bifrost

C'est-comme-ça

Auriane VELTEN
MNÉMOS
22,00 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Après un court premier roman, After® (cf. critique in Bifrost 103), prometteur même si souffrant de quelques facilités, et un deuxième,Cimqa(cf.Bifrostn° 113),franchement original et bien mené, Auriane Velten était attendue au tournant pour son troisième titre, C’est-comme-ça. Et la déception n’en est que plus grande.

Le postulat de base est que toutes les croyances — entités religieuses présentes ou passées, créatures folkloriques ou issues de l’imaginaire collectif — existent, invisibles, parmi nous, et que leur existence est liée à la façon dont le reste de l’humanité se souvient d’elles, en effectuant les rites religieux ou, plus souvent, en se racontant des histoires à leurs sujets. Dans cet univers, Robin des bois est mort. Définitivement, sans espoir de retour. Pourquoi ? Cassandre, la malheureuse prophétesse de l’Iliade, soupçonne que ce décès annonce une menace pour l’existence même de toutes les croyances. Elle va s’allier à son amie Lyté (ou Clytemnestre, la femme d’Agamemnon qui, selon Eschyle, tue Cassandre en même temps que son royal époux) pour démêler les fils de cette histoire.

Si le postulat initial s’avère assez commun (pensez par exemple aux Petits dieux et à la façon dont fonctionne le « Disque-monde » de Terry Pratchett, à Fables, de Bill Cunningham ,ou, sur petit écran, aux séries Grimm et Once Upon A Time, voire Supernatural), il est suffisamment vaste pour proposer différentes déclinaisons. Et sur le papier, aller chercher des personnages secondaires de la mythologie grecque (et pas encore remis aux goûts du jour par la romantasy ou la réécriture féministe des mythes à la Madeline Miller ou à la Claire North) pourrait être intéressant. Las, l’exécution du roman s’avère ici bancale…

La protagoniste, Cassandre, est tout sauf emballante : geignarde, timorée et capricieuse, elle ne donne pas du tout envie de s’intéresser à son sort, rendant presque son ex, Apollon, sympathiquement amusant, alors qu’il est imbu de lui-même et rien moins qu’odieux. La mise en place est lente, très lente ; devoir attendre d’avoir largement passé la moitié d’un livre pour avoir enfin un peu d’action, alors qu’on s’attend à une enquête, et donc des péripéties, est assez pénible. Certes, il y a bien un propos intéressant sur la désillusion d’un monde toujours plus matérialiste, la peur de la mort et de l’oubli des croyances. Mais ces réflexions sont souvent amenées avec trop peu de finesse. Peut-être aurait-il fallu un travail éditorial plus fin pour remettre d’équerre un premier jet prometteur mais imparfait ?

Stéphanie Chaptal

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