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Cinéterre

Le nouveau roman de Michel Pagel, Cinéterre, est dédié à tous les fans de Bela Lugosi et de Lon Chaney Jr, aux admirateurs de Terence Fisher et de Roger Corman, aux inconditionnels de Frankenstein et Le monstre de l'enfer et de Le Vampire a soif, bref à tous les nostalgiques d'un cinéma fantastique qui n'avait pas recours à des hectolitres de sang pour faire frissonner le spectateur et où « les effets spéciaux n'avaient pas encore supplanté le scénario » (p. 11).

Yann, le jeune héros de Cinéterre, est justement l'un de ces amateurs. Durant les vacances scolaires, il parvient à se faire embaucher au Gothic, petite salle spécialisée dans le cinéma bis d'antan. L'histoire bascule lorsque Marion, la charmante fille du projectionniste, est enlevée par une étrange femme semblant tout droit sortir d'une adaptation cinématographique du Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu. Pour retrouver Marion, Yann devra passer de l'autre côté de l'écran, littéralement, et explorer l'univers parallèle auquel les productions de la Hammer et consorts ont donné naissance, univers dans lequel le docteur Frankenstein ou Dracula existent réellement, et ont bien entendu les visages de Peter Cushing et de Christopher Lee.

À l'instar de son compère Roland C. Wagner, Michel Pagel s'appuie sur les concepts d'inconscient collectif et d'archétypes incarnés pour créer le monde de Cinéterre. Mais le romancier ne s'encombre guère de justifications pseudo-scientifiques pour entraîner le lecteur dans une aventure bondissante, rendant au passage hommage de façon fort (trop ?) respectueuse aux grandes figures du genre fantastique et plus généralement à une forme de cinéma et de littérature populaires aujourd'hui disparue. Là résident sans doute les limites de ce roman : malgré toute sa bonne volonté, Michel Pagel (à moins qu'il ne s'agisse du lecteur) ne parvient pas à retrouver cette naïveté, cette innocence qui donnaient une grande partie de leur charme aux oeuvres qui l'ont inspiré, et Cinéterre n'est pas autre chose qu'un exercice de style, réalisé certes avec brio, mais pour lequel il est difficile de se passionner. On rangera donc à regret ce roman parmi les ouvrages mineurs de son auteur.

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