Premee MOHAMED
L'ATALANTE
144pp - 12,50 €
Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120
Troisième numéro de Bifrost consécutif avec Premee Mohamed au sommaire des critiques, après La Migration annuelle des nuages (cf. Bifrost 118) et Ce qui se dit par la montagne (cf. Bifrost 119), un diptyque postapo. La découverte de cette autrice se poursuivra, avec une autre novella parue en août 2025, Et que désirez-vous ce soir. En attendant, c’est dans le domaine de la fantasy que nous emmène Comme l’exigeait la forêt.
Dans une vallée conquise par un tyran se trouvent deux forêts. Celle située au nord, l’Ormévère, est crainte par les locaux : ils savent que ce lieu obéit à des règles d’airain et que personne n’en revient jamais. Personne, sauf Véris, qui, une fois, est parvenue à réussir l’impossible.
Aussi, lorsque les deux enfants du tyran disparaissent en pleine nuit, et que les traces mènent jusqu’au bois maudit, il ne faut pas longtemps avant que Véris ne soit convoquée. Le temps presse. Parmi les nombreuses règles de la forêt, l’une indique qu’au-delà d’une journée passée en son sein, même un miracle ne peut être espéré… La mission de Véris est claire : ramener les enfants ou bien tout son village — a minima — sera rasé et ses habitants tués, y compris son grand-père, donc, et sa tante avec qui vit notre protagoniste. Si Véris ne croit guère à ses chances de réussite, elle n’a d’autre choix que de tenter.
Pour ressortir en un seul morceau de ce lieu effroyable, Véris devra user de ruse plutôt que de force. La scène où elle s’habille et s’équipe chez elle est à ce titre très réussie et intéressante, la narration verbalisant l’intérêt de tel type de vêtements plutôt que tel autre, ou encore l’importance de ne pas se retrouver sur place, les cheveux dans le visage en pleine urgence — difficile de ne pas penser à nombre d’héroïnes de films, séries ou jeux vidéo.
L’Ormévère et ses habitants sont au cœur du texte. Ce sont là des êtres qui ressemblent plus ou moins, ou par moments seulement, à des animaux connus ou à des silhouettes reconnaissables. Formes éthérées ou corps déchiquetés, membres surnuméraires ou absence totale de ceux-ci. Véris s’engouffre dans cette forêt comme dans un cauchemar, nouveau pour nous, en partie déjà vu pour elle.
Écrasée entre un tyran impitoyable et une forêt implacable, Véris lutte pour sa survie et celle des siens. La force est inutile, illusoire, vouée à se retourner contre qui la possède. Le salut passera par la roublardise, les pièges que la langue peut déjouer et l’entraide.
Une novella au goût de conte, avec ses enfants en danger et ses créatures terrifiantes, ballottée entre caprices humains et fatalité surnaturelle.
Mathieu Masson