Nicolas MARTIN
ESQUIF
56pp - 7,90 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
Depuis longtemps, la mine est fermée. Pour des raisons qui ne sont pas qu’économiques. Tout le monde est parti, a quitté une région comme maudite. Jonas excepté, le grand-père du narrateur, qui s’obstine à rester là, dans une sorte de bidonville où il vit — survit, plutôt — seul, perclus de difformités imputables à la maladie étrange qui sévit en ces lieux, près de la mine abandonnée. Désormais à l’article de la mort, il raconte à son petit-fils la fin de la mine. Une fin pas ordinaire. Les veines ne sont pas épuisées et la concurrence des pays émergents n’y est pour rien. Mais il y a eu les accidents. Et les morts. Puis la maladie, inconnue et mystérieuse, et les morts encore…
Le texte présente une incontestable dimension ouvriériste qui le marque à gauche tandis que l’aspect imaginaire renvoie à un univers lovecraftien sans toutefois plonger dans le mythe de Cthulhu. Ce n’est pas le panthéon de l’auteur de Providence, mais néanmoins une divinité chthonienne qui dort là depuis des temps immémoriaux et commence à s’éveiller, irritée par les activités humaines. La présence de Jonas la garde au bord de l’éveil, dans une sorte de sommeil paradoxal, pourrait-on dire. Le petit-fils pourra-t-il assumer la suite de son grand-père dans ce rôle de gardien des enfers en charge de préserver le monde d’une apocalypse monstrueuse ?
On connait bien par ici Nicolas Martin. Scénariste, réalisateur et producteur radio. Ses années à Radio-France, où il animait La Méthode scientifique . Son podcast de cinéma, Réalisé sans trucage. Il a déjà publié deux nouvelles dans Bifrostet son premier roman, Fragile, (Au Diable Vauvert, 2024) va être adapté en série. Dans ce récit, il entrelace habilement la question de la mémoire ouvrière à une mythologie chthonienne inspirée de Lovecraft. Et c’est assez réussi. Reste le prix de l’objet-livre — près de 8 euros pour une nouvelle, c’est tout de même pas donné…
Jean-Pierre Lion