Bo-young KIM
RIVAGES
288pp - 22,00 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Futur lointain, températures glaciales, nuages noirs obstruant les rayons du soleil : la Terre est une planète recouverte de béton et d’usines qui n’abrite plus que des robots. C’est dans cet environnement que Kay, étudiant en chimie et robot à quatre chiffres (ce qui fait de lui un androïde sentient et expressif), redécouvre accidentellement le champ de la biologie organique. Ses articles universitaires, considérés par ses pareils comme calomnieux, enclenchent les rouages d’une révolution majeure dans l’ère des robots. Cécile, une étudiante en biologie organique et camarade à quatre chiffres, va convaincre Kay de rejoindre le laboratoire du professeur Karlstrop, un robot à trois chiffres inexpressif, afin de poursuivre leurs recherches. Alors qu’il n’aspirait qu’à comprendre l’origine des robots, Kay se retrouve bientôt à l’origine de toute une espèce. Seulement, les conditions nécessaires à la survie de celle-ci sont aux antipodes de celles des robots. Pour que l’une prospère, il faut que l’autre s’amenuise. Mais lorsque l’Autre prend la forme d’un dieu, des camps vont se créer pour la survie d’une espèce.
De l’origine des espèces est un ensemble de trois novellas rédigées sur une période de vingt ans, comme l’indique Kim Bo-young elle-même dans sa postface. Il en résulte un récit inégal tant dans l’écriture que dans le contenu.
Dans la première partie, l’autrice entend transposer les questions existentielles de l’humanité aux robots : Dieu existe-t-Il ? Sommes-nous mus par un but précis ? Qu’est-ce qu’être un robot ? La deuxième partie s’appuie moins sur des questions philosophiques qu’éthiques. Enfin, la troisième partie entend poser la question de la cohabitation et de la création d’une communauté égalitaire et juste.
Ces novellas nous poussent à envisager un monde où la cohabitation avec des robots conscients et intelligents serait possible. Hélas, les robots se comportent déjà en êtres humains et leurs réflexions philosophiques ne trouvent pas d’aboutissements originaux dans cet ouvrage. Quant aux aspects scientifiques, qu’il s’agisse de robotique ou de biologie organique, ils demeurent très largement abordables… au risque du simplisme. On regrette aussi que le fonctionnement des différentes séries de robots ne soit pas plus développé ni expliqué.
In fine, le recueil se noie dans son ambition et s’arrête à mi-chemin dans des sentiers qui manquent d’être explorés. Les robots, trop similaires aux humains, ne paraissent pas crédibles et préviennent un questionnement plus poussé sur une cohabitation robot/humain.
Néanmoins, on peut saluer la plume légère et agréable de Kim Bo-young, qui saura introduire tout en douceur un lecteur curieux à la SF, à défaut de satisfaire un habitué du genre.
Jade Nunes-Idir