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Les critiques de Bifrost

Des animaux difficiles

Rosa MONTERO
MÉTAILIÉ
288pp - 20,50 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Madrid, 2111. Un jeune activiste s’introduit illégalement, pour le détruire, dans le centre de stockage d’une entreprise qui vend de l’immortalité numérique en connectant les cerveaux de riches défunts à un énorme système informatique. L’opération se passe bien à un détail près : l’activiste est tué à l’issue de celle-ci. Il a vraisemblablement été piégé. Une difficile enquête commence.

Des animaux difficiles est le quatrième volume des aventures de Bruna Husky (cf. Bifrost 70, 82 et 97), une détective techno-humaine — ce qui évoque explicitement une réplicante de Blade Runner. On y retrouve le monde très inégalitaire et environnementalement dégradé des tomes précédents, ainsi que les principaux personnages. Mais, changement de taille, après les événements du tome 3, qui avaient failli lui coûter la vie, l’esprit de Bruna a été réenveloppé dans un nouveau corps synthétique. Problème : ce corps est celui d’une réplicante de calcul, très éloigné de l’imposante réplicante de combat qu’elle était jusque-là. Un corps qu’elle n’accepte pas, et qui, de surcroît et comme le précédent, a une date de péremption imposée. Bruna mourra dans un peu moins de dix ans, elle compte littéralement les jours (comme dans les romans précédents).

Plongée dans ses malheurs et son apitoiement, Bruna l’est aussi dans une difficile investigation. En effet, le jeune militant tué était l’un de ces jeunes en déshérence sur lesquels il n’y a que très peu d’informations disponibles et dont la société n’a que faire. Il n’y a guère qu’un journaliste récemment viré qui semble s’intéresser aussi à l’affaire. Les deux vont collaborer, aidés par les proches de Bruna auxquels, toute à sa dysphorie de corps, elle mène la vie dure. Ensemble ils vont mettre à jour un terrifiant complot.

Le cycle de Bruna Husky, référencé et plutôt réussi, avait plu. Ce tome est sans doute celui de trop. Le compte à rebours de vie de Bruna, qu’elle égrène sans cesse, commence à ressembler à un gimmick. Ses capacités de calcul ne sont guère mises en valeur, présentée qu’elle est plus comme une sorte d’Universalis vivante que comme un supercalculateur. Les affres de sa dysphorie ne sont guère subtiles non plus. Rien ne l’est, d’ailleurs, dans ce roman. Les motivations des personnages interrogent. Les parallèles avec notre monde, s’ils sont évidents, entre dénonciation des populismes et du technodélire, sont vraiment présentés de façon peu subtile. Et ne parlons pas des vérités premières assénées ou des dialogues qui commencent par être médiocres avant de devenir, au fil des pages, absolument consternants.

Voilà une bonne série qui meurt, plus vite encore que Bruna elle-même. Dommage.

Éric Jentile

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