Jean-Claude DUNYACH
L'ATALANTE
352pp - 22,50 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
Sous une couverture agressive de Leraf qui mêle Asie et ce qu’on pourrait assimiler à une déchéance technologique en approche lente, vous trouverez en fait le best of des nouvelles de Jean-Claude Dunyach qui, malgré une quatrième de couverture explicite, avance un peu à visage couvert. « Donnez un masque à un homme et il vous montrera son vrai visage. »
Le recueil s’ouvre avec la nouvelle-titre, datant de 1983, qui fleure bon la New Wave anglaise et en particulier des textes de J.G. Ballard comme « L’Arme du crime » (1966), qu’on a pu lire par exemple dans La Foire aux atrocités . Si la démarche formelle de Dunyach est aisément transparente dans ce premier texte, étrangement, celui-ci donne un la trompeur pour le reste du recueil où, si l’obsession d’une certaine forme est toujours présente, elle ne prime pas toujours, loin de là.
Avec « Déchiffrer la trame », « Nos traces dans la neige » ou « La Station de l’Agnelle », Jean-Claude Dunyach, styliste hors-pair (on l’a déjà dit), s’impose aussi comme un vrai conteur, griot des temps anciens, alternatifs et à venir. « Déchiffrer la trame » , bien que lue et relue, reste un sommet indépassable. Même si tout est question de goûts, on ne voit pas très bien quel texte de l’auteur pourrait être l’Olympus Mons de cet Himalaya. C’est un texte qu’on relit souvent avec plus de plaisir que la fois précédente, même si on en connaît la fin, l’auteur ayant trouvé un terrain d’entente parfait avec ses lecteurs le temps de quelques pages.
L’ensemble (qu’on n’est pas forcé de lire dans l’ordre) est remarquable, important, indispensable, incontournable. Et rappelle cruellement que dans nos domaines de prédilection la fiction courte française est tombée bien bas ces dernières années. Seul regret : l’absence de « Dieu, vu de l’intérieur » , un peu incompréhensible.
Thomas Day