David BRY
FLEUVE NOIR
544pp - 22,95 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
Le système Pi Cassiopeiae-2 n’abrite, autour de son soleil double, qu’une seule planète : la désertique Radendt Galactics, déclarée inhabitable par l’empire terrien. Cet « empire » en proie aux guerres intestines, aux crises climatiques et à la surpopulation, incapable de maintenir, et moins encore d’étendre son emprise interstellaire, a donc délégué l’exploitation des planètes nouvellement découvertes à des organisations ou à des entreprises privées. Radendt Galactics est ainsi la possession exclusive de Radendt, un entrepreneur richissime qui l’exploite impunément. La principale ressource est produite par l’Anomalie, étrange phénomène cosmique situé dans le voisinage immédiat de la double étoile qui émet des chronons. Ces particules de nature inconnue ont trouvé de multiples applications dans les systèmes de propulsion ou énergétiques.
Afin d’exploiter cette denrée inépuisable et unique, Radendt a asservi sans vergogne la très grande majorité de la population, constituée d’immigrants terriens ayant fui la Terre. Le taux de mortalité est très important, d’autant plus que les chronons ont un effet délétère sur la santé humaine. La situation sur Radendt Galactics est bien sombre. Mais la rébellion gronde…
David Bry, qui nous avait habitués à ses (bons) romans de fantasy, livre ici son premier ouvrage de SF. On doit saluer la tentative, d’autant qu’Échos stellaires est un pur space opera, mené tambour battant. Les personnages sont hauts en couleur, avec une vraie épaisseur psychologique : Noam, bien sûr, figure tragique qui poursuit le souvenir de son amour perdu au péril de sa santé, mais aussi son copain Kay Oroen, spécialiste des systèmes de sécurité, ou Zulmira Torrès, la cheffe de la rébellion, et tous ses adjoints. Écrit avec vivacité, le roman se lit avec plaisir, sans heurt, mais sans réelle surprise non plus : nous ne sommes pas au niveau des maîtres du genre. Les rebondissements et coups de théâtre, à force d’accumulation, finissent par lasser. Et le mystère des chronons, dévoilé à la fin, se révèle assez peu surprenant. David Bry transpose les codes de son genre de prédilection à la SF, mais le soin apporté aux péripéties se fait au détriment d’une hypothèse scientifique de qualité, ce qui, au fil de ses 540 pages, produit un brin de lassitude. Un peu plus de concision, un peu moins de rebondissements souvent prévisibles auraient transformé ce roman à la lecture très agréable en parution incontournable de cette année 2025. Pour le prochain, peut-être ?
Fabrice Chemla