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Les critiques de Bifrost

Éphémères

Kevin Jr. O'DONNELL
500 Nuances de Geek
384pp - 25,00 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Publié en VO en 1979, Éphémères est un roman à la fois ambitieux et novateur, mais qui est loin de tenir toutes ses promesses. Il est de ces romans qui n’avaient pas été traduits à l’époque et ne sont guère à la hauteur de ceux qui l’avaient été, mais qui, à l’inverse, sont largement à leur avantage face à pas mal de productions actuelles.

Le roman de Kevin O’Donnell, auteur surtout connu pour ORA:CLE, en son temps (1986) paru chez « Ailleurs & demain », renouvelle de fond en comble le thème archi-classique du vaisseau générationnel en y introduisant une perspective que l’on qualifierait aujourd’hui de transhumaniste.

Belle scorie de la SF des années 50 (merci Edmond Hamilton et son Capitaine Futur), une cervelle humaine a été récupérée et consciencieusement lavée de son ancienne personnalité pour servir d’ordinateur au Mayflower, un vaisseau relativiste à moteur Bussard quittant une Terre à l’agonie pour rejoindre Canopus, à plus de 300 années-lumière, étoile supergéante de sept masses solaires, 70 fois plus grande que le Soleil et brillant 15 000 fois plus, donc peu crédible pour offrir une planète terrestre. Le voyage ne devait durer que seize ans pour ses passagers, mais, sans que l’on en comprenne bien les motivations, l’ordinateur central, dont le cerveau n’a manifestement pas été lavé assez blanc, met les moteurs relativistes en panne, et la durée du voyage passe alors à 1 000 ans (ici, il faudra au lecteur faire un effort pour admettre qu’un vaisseau relativiste qui n’a pas été conçu dès le départ comme un vaisseau générationnel puisse le devenir — le Mayflower est grand, deux kilomètres de long pour quatre cents mètres de diamètre, mais il n’est pas si grand que des séquoias puissent y pousser, et pourtant…). Kevin O’Donnell nous montre la totalité du voyage à travers le cerveau de l’ordinateur central qui guerroie pour son indépendance tandis que les générations éphémères d’humains se succèdent à bord, naissent et meurent tout en cherchant à s’affranchir de son contrôle… Comme dans La Ballade de Beta-2, de Samuel Delany, tandis que le Mayflower rampe dans l’espace, la Terre a inventé la propulsion ultraluminique. Ce vaisseau rencontre des extraterrestres durant son périple, recycle tout en tout telle une corne d’abondance, et est doté de gravité artificielle…

On n’y croit pas. O’Donnell en demande trop. Les défauts, comme le diable, gisent dans les détails. À trop vouloir en faire, à piocher sur trop d’étagères, O’Donnell finit par en faire plus qu’il ne le pouvait… Dommage.

Jean-Pierre Lion

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