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Les critiques de Bifrost

Festin de larmes

Adrien PARTY, Vincent TASSY
ACTUSF
326pp - 25,90 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Vincent Tassy (à l’écriture) et Morgane Caussarieu (à l’illustration) se réunissent de nouveau autour de la figure du vampire, cette fois-ci pour une interprétation plus personnelle que celle constituée par l’hommage parodique à l’œuvre d’Anne Rice Entretien choc avec un vampire (2022, même éditeur). Festin de larmes, roman épistolaire, qui s’approprie les codes riciens sans en renier l’esprit, devrait ravir les amateurs du genre.

Nous voici à la Nouvelle-Orléans, au crépuscule du xixe siècle : les auteurs n’auraient pas pu choisir meilleur décor pour ce récit, la ville s’étant érigée au rang de capitale mondiale des vampires, en partie sous la plume d’Anne Rice, dont on reconnaît sans mal ici l’héritage. Aubrey Clare, jeune aristocrate bouleversé par le décès récent de sa sœur jumelle, se livre à une confession très particulière : celle de sa rencontre avec le mystérieux marquis de Vardalec, et de la façon dont il a conduit sa famille à sa perte… Ce récit, livré par une victime devenue bourreau à son tour, raconte la toile de l’emprise exercée par le marquis et la lente entreprise de sape dans laquelle s’empêtrent inexorablement ses proies, comme subjuguées par le personnage. Le mystère de son identité et de sa nature, l’irrésistible séduction, la mort telle une ombre dans son sillage, la nuit dont il s’est rendu maître, la soif qui l’obsède, la chasse impitoyable à laquelle il se livre, le jeu cynique du prédateur élevé en art et affûté au fil des millénaires par un être sur lequel le temps ne semble avoir aucune prise… Tout est là : impossible de ne pas identifier le vampire, et pourtant, pas une goutte de sang versée entre ces pages afin d’épancher une quelconque soif.

Vincent Tassy et Morgane Caussarieu dépeignent une représentation statuaire du vampire, monstre avide des émotions de ses victimes dans lesquelles il puise en se délectant de leurs fluides, jusqu’à en tarir la source, les menant, lentement mais sûrement, à une mort certaine.

Mais que le lecteur ne s’y trompe pas : si le sang est pour l’essentiel absent de ce texte, l’horreur y est, elle, bien présente. Sous la plume élégante de Vincent Tassy (on se souviendra du superbe Diamants, paru en 2021 aux éditions Mnémos), le récit n’en reste pas moins d’une crudité que certains pourront trouver dérangeante. Tout à son registre, et dans la droite ligne de l’honnête confession que son narrateur s’efforce de livrer sans omettre le moindre détail, il conduira le lecteur à faire face à ce que le genre a de plus sombre et de plus dérangeant, déformant à l’envi les thèmes de la fascination, de l’érotisme et de la cruauté sophistiquée qui lui sont propres. Comme un fait exprès, la lecture en est si aisée et l’atmosphère si prenante qu’il est facile de se laisser conduire, quand bien même le genre vous laisse habituellement froid. Âmes sensibles, méfiez-vous des noirs attraits de cet ouvrage.

Camille Vinau

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