Fleur HOPKINS-LOFÉRON, Morgane CAUSSARIEU
ACTUSF
536pp - 24,90 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Qu’est-ce donc que le Body Horror ? D’après le terme, il s’agit de cette branche de l’horreur qui s’intéresse tout particulièrement aux transformations du corps. On peut discuter longtemps de si cette définition, somme toute, ne correspond pas en réalité à l’horreur en général (les œuvres d’horreur ne mettant en scène aucune transformation corporelle ne sont franchement pas légion), et de la nécessité de la définition d’un sous-genre spécifique appelé Body Horror. Reste que ce sous-genre est fortement représenté, et les deux autrices, qui ont par le passé déjà montré leur intérêt dans ce domaine, se sont attachées, dans cette somme volumineuse, à mettre en relief les différentes manifestations et orientations de ce pan important du genre horrifique.
Pourquoi s’y intéresser ? D’après les autrices, le Body Horror nous parle de notre condition humaine et de notre nature entropique. Genre charnel, sensoriel et viscéral, il suscite le dégoût, mais également la fascination, il titille nos tabous et notre construction de l’abjection, il met en scène notre fragilité corporelle et notre finitude.
Après un bref aperçu historique, l’ouvrage entre, si on peut dire, dans le vif du sujet. Faisant la part belle aux œuvres récentes et surtout audiovisuelles, ce livre à l’allure encyclopédique explore les différentes variations de ce que l’on peut faire subir à un corps humain : distorsions, hybridations, reconfigurations, transgressions, dégradations, découpages, métabolisations… la liste est longue, mais pertinente, et l’impact spécifique que chacune de ces atteintes corporelles peut signifier pour qui l’inflige, la subit ou la regarde, est mis en relation avec de nombreuses analyses, principalement anglo-saxonnes.
Le volume est agrémenté de nombreux dessins, dont certains de Morgane Caussarieu (malheureusement absents de la version numérique), et d’interviews menées auprès de metteurs en scène, auteurs ou spécialistes. Il se clôt sur une bibliographie abondante, dans laquelle l’amateur confirmé pourra trouver quelques pépites, et le néophyte diverses entrées. Ce dernier trouvera sans doute la lecture in extenso un peu longuette et par moments redondante, mais cet ouvrage vaut surtout pour sa qualité encyclopédique. On regrettera l’absence d’index permettant de retrouver, au fil des pages, les différentes évocations d’une œuvre précise. Malgré ce défaut, la lecture de cet essai est recommandée pour qui s’intéresse au genre et à ses significations, qu’il soit amateur éclairé ou simplement sympathisant.
Fabrice Chemla