Guillaume CHAMANADJIAN
AUX FORGES DE VULCAIN
192pp - 18,00 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
S’il s’est fait connaitre pour la face sud de « La Tour de garde » — double trilogie de fantasy coécrite avec Claire Duvivier, qui a peint la face nord — Guillaume Chamanadjian s’essaye depuis peu à la science-fiction. L’année dernière, on a ainsi pu lire « NoirPunk », une première nouvelle timidement cyberpunk, dans le recueil Derrière le grillage 1 (cf. Bifrost n° 121). Il y revient avec un roman assez court qui intégrera la taxonomie du genre sous l’étiquette improbable de space-comedy. Heureux comme jamais pourrait passer pour une fan fiction du film Don’t Look Up : Déni cosmique d’Adam McKay (2021), pour ceux qui n’auraient pas regardé le générique de fin jusqu’au bout.
La cupidité des 1 % a fini par triompher, et la Terre est devenue inhabitable. Les ultrariches se sont réfugiés à bord du Space Dragon et font route vers Callisto, une lune de Jupiter dont la terraformation a été initiée. La maintenance de cette arche de luxe est assurée par un unique ingénieur vieillissant. Noah, la fille de ce dernier, a grandi dans ce monde fermé, acceptant l’idée que le vaisseau spatial représente le seul avenir de l’humanité. Accompagnée d’une intelligence artificielle nommée BINS-42, elle s’apprête à reprendre les fonctions de son père. Tout bascule lorsqu’un message venu de la Terre annonce que la planète est de nouveau viable. Cette révélation provoque une crise politique majeure, révélant la violence sociale et morale d’une élite prête à tout pour conserver son pouvoir. Le récit suit l’évolution de Noah, qui prend conscience de l’iniquité du système dans lequel elle vit et des mensonges qui le soutiennent.
Le ton du (court) roman n’est pas à la crédibilité, mais bien à la satire. S’il interroge la responsabilité des puissants dans la destruction du monde et explore des thèmes comme la corruption du pouvoir, la manipulation de l’information et l’intelligence artificielle, Guillaume Chamanadjian ne cherche pas à être subtil dans sa démonstration, mais à amuser ses lecteurs. Il croque une galerie d’ultrariches où les seules nuances apparaissent dans la palette de stupidité dont il les affuble. Le message est porté par la caricature. Le roman est truffé de références à la pop culture et de manière non fortuite à des personnes existantes ou ayant existé. L’intrigue, elle, repose sur un deus ex machina pris au sens littéral, et sa trame ne sert que de support à la peinture sociale.
Heureux comme jamais est un roman pop-corn. C’est une lecture rapide, divertissante, une rigolade acidulée à défaut d’être inoubliable.
FeydRautha