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Les critiques de Bifrost

House of windows

John LANGAN, John LANGAN
J'AI LU
576pp - 13,90 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

Professeur de littérature dans une université new-yorkaise, spécialiste reconnu de Dickens, Rogers disparaît un jour sans laisser de traces. Sa femme, Veronika, raconte à un ami les derniers mois de son mari : comment il s’est brouillé avec son fils unique, au point de le renier lors d’une violente dispute ; comment ce dernier, militaire de carrière, a été tué en opération ; comment des évènements surnaturels ont fait irruption dans la vie de Rogers et Veronika… Histoire de fantôme et de maison hantée, le récit est aussi celui d’une relation père-fils douloureuse et du délitement d’un couple face à un deuil impossible.

Écrit en 2009, House of Windows est le premier roman de John Langan, auteur de The Fisherman (voir Bifrostn° 118), récompensé par le Bram Stoker Award en 2017, et sans doute sa sortie en français après celle dudit Fisherman (J’ai Lu, 2024) est-elle due au succès de ce dernier. Comment expliquer autrement la publication de ce texte qui souffre de nombreux défauts de jeunesse — en inédit poche, qui plus est, pratique éditoriale devenue une rareté ?

Avec près de 600 pages pour une histoire qui, au final, est assez mince, House of Windows est beaucoup trop long. Au départ, la plume de Langan fonctionne. L’auteur sait raconter une histoire, poser une ambiance et donner vie à un personnage. Les récits s’enchâssent les uns dans les autres, formant une structure maîtrisée. Mais alors que le roman progresse, on prend conscience de la maigreur de l’intrigue et l’histoire se met à faire du sur-place. Les mêmes évènements sont décrits plusieurs fois par le menu et accompagnés d’explications psychologiques. Veronika, la narratrice, ne nous épargne rien de ses soirées télé, de ses repas, de sa passion pour les œufs brouillés… La critique que nous faisions dans nos pages de The Fisherman (signée Thomas Day) s’applique également ici : « roman fantastique bavard […] farci de détails inutiles par pelletées complètes.» Cette dilution du récit est d’autant plus regrettable que, par moment, Langan se montre capable d’une écriture resserrée et percutante, comme lorsqu’il décrit en quelques pages toute la vie et la carrière de Rudolph, le peintre fou.

Hélas, le reste du temps, l’accumulation de digressions, de détails insignifiants et de commentaires sur l’humeur des personnages vient à bout de l’indulgence du lecteur sans parvenir à masquer qu’il manque à ce roman une idée forte, une direction précise dans laquelle faire progresser l’ensemble. L’auteur paraît hésiter sur ce qu’il convient de faire de sa situation de départ (pourtant assez intéressante, même si classique). Symptomatique de cette valse-hésitation est le rôle joué par la maison aux fenêtres qui donne son titre (inexplicablement non traduit…) au roman : elle semble parfois directement responsable des évènements surnaturels qui surviennent, tandis qu’à d’autres moments du récit, sans le moindre début d’explication, ceux-ci se produisent en d’autres lieux et ne semblent être liés qu’aux personnages du roman. Tout aussi gênante est l’abondance de descriptions et d’explications psychologiques. Le fantastique fonctionne souvent mieux dans le sous-entendu, le non-dit et l’ambiguïté.

Malgré d’indéniables qualités, comme la capacité à construire des personnages crédibles, la description assez fine d’un couple en crise qui lutte pour sauver ce qui peut l’être et l’imbrication des récits, ce roman peine à captiver parce que trop délayé et manquant d’une direction précise. Quand bien même il laisse voir chez Langan des qualités d’écriture et de conteur d’histoire. Peut-être ce dernier devrait-il se trouver un éditeur ?

 

Jean-François Seignol

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