Connexion

Houston, Houston, me recevez-vous

La façon la plus pertinente de résumer cette novella tient en trois mots : James Tiptree Jr. Car en réalité, l’auteur du texte s’appelle Alice Sheldon, mais elle a trouvé plus simple, dans un monde dominé par les hommes, de se faire passer pour l’un d’eux, une ruse qui tiendra dix ans. Pratique de toute façon courante pour les autrices de l’époque (en l’espèce, nous sommes dans les années 1970), une bonne part du lectorat et des éditeurs (masculins, faut-il le préciser ?) étant alors persuadée qu’une femme ne peut pas écrire de la bonne SF.

 

Dans le futur proche, la mission circumsolaire d’un an de trois astronautes américains de la NASA, trois hommes, prend un tour inattendu quand, frappés par une éruption de l’astre du jour, et alors que le Système solaire traverse un essaim de micro-trous-noirs, les astronautes sont projetés trois siècles dans l’avenir. La vitesse acquise étant trop élevée pour rentrer directement sur Terre, l’équipage est recueilli par un vaisseau proche inconnu. Et découvre une société humaine qui a radicalement changé, où la religion, le gouvernement, les hiérarchies, les rapports de domination, ont disparu, où… Impossible d’en dire davantage sans dévoiler la nature réelle du changement de paradigme complet dans lequel les protagonistes viennent de pénétrer. Pour les trois astronautes, tous différents mais tous de purs produits de leur époque, de leur culture, la réalité s’annonce rude…

Texte référentiel de l’autrice, lauréat des prix Hugo et Nebula, Houston, Houston, me recevez-vous ? est la parfaite illustration des thèmes qui irriguent la majeure partie l’œuvre de James Tiptree Jr. La démonstration est impitoyable, au point qu’il ne fait aucun doute qu’une part non négligeable des futurs lecteurs de ce classique méconnu par chez-nous, aura à coup sûr du mal à encaisser la violence psychologique et la conclusion inévitable de la chose. Un texte brillant, dans son registre particulier, parfaitement dans l’air du temps, sans nul doute à même de devenir une des ventes les plus prospères de la collection, mais qui, pourtant, possède un défaut qu’on pardonnera d’autant plus volontiers qu’il était typique de l’époque de son écriture (1976) : il est effroyablement américano-centré. N’était cette réserve, voilà assurément un incontournable.

Ça vient de paraître

Le Chemin de l'espace

Le dernier Bifrost

Bifrost n° 114
PayPlug