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Les critiques de Bifrost

Inversions

Iain M. BANKS
FLEUVE NOIR
384pp - 16,00 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Trois vaisseaux générationnels, l’Archimède, le Bohr et le Chandrasekhar emportent des colons humains à destination de Tau Ceti et d’une planète supposée habitable. Cela fait près de deux siècles que dure le voyage, mais le jour de l’Inversion est proche : ce moment où les astronefs, arrivés à mi-parcours, vont se retourner et commencer à décélérer. Ravinder MacLeod est aspirant ingénieur : au sein de cette société stratifiée, venir des bonnes familles donne un avantage certain, mais ce n’est pas le cas de Ravi. Surtout s’il se met à raconter que, lors d’une inspection de routine auprès de la coque, il a vu une femme, dehors, dans le vide spatial, sans combinaison. Voilà qui peut retarder son avancement et compromettre ses chances avec la belle Sofia. Sans omettre sa cousine Boz, aussi ingénieuse que rebelle, qui a mis au point un robot doté d’une intelligence artificielle — ce qui touche à l’hérésie dans cette société ayant fui une Terre soumise aux IA. Et puis qui s’amuse à remettre en route chaque nuit l’un ou l’autre des moteurs, alors qu’on se prépare à ralentir ? Et pourquoi le chef de la Sécurité ordonne à Ravi de ne surtout rien dire sous peine de conséquences ? Décidément, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans l’Archimède…

Avec son premier roman, Adam Oyebanji s’aventure sur le terrain assez balisé de l’intrigue à bord d’un vaisseau générationnel. En la matière, on a lu des récits plus ambitieux (« Paradis perdu » d’Ursula K. Le Guin, La Nef des fous de Richard Paul Russo, Aurora de Kim Stanley Robinson) et on en lira d’autres à l’avenir (Halcyon Years d’Alastair Reynolds). Mais là n’est pas son objet. Comme de juste, le début pose le décor, l’auteur prend soin de mettre en place une société crédible à bord de ses astronefs, vocabulaire propre à cette culture spatiale à l’appui. Certains termes peuvent faire sourire (l’emploi récurrent de « foutaise », mot qui se décline aussi bien en verbe qu’en adverbe), mais participent à l’immersion.

Inversion n’est pas exempt de défauts : les personnages ne brillent guère par leur profondeur (le roman aurait d’ailleurs pu être publié dans une collection young adult sans que personne n’y trouve rien à redire) ; quelques détails d’ordre scientifique font hausser les sourcils, notamment un retournement un brin tardif par rapport à l’arrivée dans le système solaire cible ; la traduction reste parfois un peu trop proche de l’anglais. Néanmoins, pas de quoi entamer le plaisir de lecture de ce page turner. Car le roman, une fois lancé, ne s’arrête plus. Les mystères se succèdent, l’action ne ralentit pas un instant, et les rebondissements constants maintiennent l’intérêt jusqu’au bout. Certes, les ficelles s’avèrent assez visibles, mais… ça marche comme dans un bon film hollywoodien.

En somme, ne vous fiez pas à la couverture assez laide : si vous cherchez un sympathique roman d’aventure spatiale pour vous distraire le temps de quelques heures, Inversion est fait pour vous.

Erwann Perchoc

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