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Les critiques de Bifrost

L'Amulette

Michael MCDOWELL
MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE
480pp - 12,90 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

Après la parution en 2024 de Katie et de Lune froide sur Babylon (cf. Bifrost 117), la « Bibliothèque McDowell » ralentit (un peu) le rythme en 2025, avec cette seule Amulette. Jusqu’ici inédit en français, ce roman publié en 1979 marqua les débuts professionnels de l’auteur de la saga Blackwater(cf. Bifrost 107). Alors âgé de 29 ans et écrivant déjà depuis de nombreuses années, McDowell parvint enfin à percer avec L’Amulette. Ainsi qu’il le précisa lui-même, ce premier succès éditorial trouvait son origine dans un projet cinématographique. Inspiré par le film La Malédiction(1976) de Richard Donner, McDowell écrivit un scénario, duquel il tira L’Amulette,manière de novélisation d’un film jamais réalisé…

Pareille genèse éclaire sans doute les limites littéraires dudit roman. Car il s’agit là du titre le moins convaincant de cette « Bibliothèque McDowell » réunie par Monsieur Toussaint Louverture, qui, pour l’essentiel, est d’une séduisante qualité…

Certes, l’on retrouve dans L’Amulettenombre de traits participant de l’univers que Michael McDowell ne cessera d’explorer durant les deux décennies suivantes. Campant son récit horrifico-fantastique à Pine Cone, une bourgade de l’Alabama (l’État natal de l’écrivain) au milieu des années 1960, l’auteur l’inscrit d’abord dans le genre du Southern Gothic, au même titre que Blackwater(lui aussi alabamien),le floridien Lune froide sur Babylon et Les Élémentaires(autre récit sis en Alabama et à paraître cette année en français).Encore semblable en cela à ces romans — mais aussi aux récits new-yorkais que sont Les Aiguilles d’or (cf. Bifrost 114) et Katie —, L’Amuletteprivilégie des protagonistes féminins. Pour le meilleur et pour le pire, serait-on tenté d’écrire, puisqu’à l’instar du duo s’affrontant dans Katie, L’Amulettemet aux prises la vertueuse (et de plus en plus héroïque) Sarah Howell avec sa belle-mère, la (très) mauvaise (et de plus en plus néfaste) Jo. La première comprend peu à peu que la seconde est à la perverse et magique origine de l’inflation fulgurante de morts violentes s’abattant sur la torpide Pine Cone. Pour arriver à ses fins, la nécromancienne du Dixieland qu’est Jo use en effet d’un artefact maléfique donnant son titre au roman. Cette amulette sorcière étant l’instrument de sa vengeance contre celui qu’elle tient pour responsable de l’accident ayant réduit son fils Dean à l’état de monstrueux légume. Mais échappant bien vite au contrôle de Jo, le fatal bijou se met à semer la destruction à travers Pine Cone, se jouant des barrières sociales et « raciales ». Riches et pauvres, Blancs et Noirs se voient tous infliger par l’amulette un trépas d’une même atrocité. Car, et c’est là encore une caractéristique de l’imaginaire macdowellien, les violences horrifiques (parfois non dénuées d’ironie grand-guignolesque) reflètent celles, bien réelles, taraudant les USA. Placé sous le signe de la guerre du Vietnam L’Amuletteembrasse ainsi le rapport de la société étasunienne aux armes à feu et son inégalité foncière.

Il manque cependant un ingrédient à L’Amulettepour en faire une véritable réussite, et pas le moindre : l’efficacité narrative… Portant peut-être la trace de son origine scénaristique, le roman prend trop vite la forme d’une litanie de séquences choc d’homicides. Certes non dénuées d’une efficacité cruelle et visuelle, ces morts (très) violentes semblent avoir avant tout sollicité la plume de Michael McDowell, bien moins inspirée quant au récit-cadre dans lequel elles s’incluent. Difficile dès lors de se passionner pour cette Amulette à réserver sans doute aux exégètes macdowelliens intéressés par les prémices (non dénuées de maladresse) du monde (quant à lui passionnant) de Blackwater…

 

Pierre Charrel

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