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Les critiques de Bifrost

L'Arche de Mère

Pierre BORDAGE
SCRINEO
22,00 €

Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121

Un space opera moderne, c’est-à-dire où les humains sont les méchants. Plus doués que les autres habitants la Voie Lactée, les humains ont commencé à s’y répandre, aussi les non-humains se sont-ils ligués contre ces nouveaux venus turbulents dans une guerre galactique. Sauf que les humains l’ont emporté. Et imposé aux vaincus des traités draconiens, la loi du plus fort et la colonisation — non sans l’arrogance et le mépris du vainqueur. Mais les non-humains, revanchards, trouvent dans une autre galaxie un allié aussi puissant qu’implacable qui se lance dans une guerre d’extermination totale. Et tant pis si les espèces non-humaines y passent aussi au passage. L’auteur n’y fait même pas allusion. La tâche des Nostrems est pour ainsi dire achevée quand débute le roman, qui va suivre deux trames et deux héroïnes pour se nouer à la fin.

Borée est une ethnologue spécialiste des cultures non-humaines qui vit sur Endor, planète des Caudales et dernière à n’avoir pas été réduite en cendres par les Nostrems. Pour sauver leurs peaux, quitte à ce que des humains survivent aussi, les Caudales lui confie mission de contacter l’ennemi pour négocier la paix. Elle sera aidée dans cette tâche par cinq non-humains.

Yuhé, l’autre héroïne, est sauvée d’extrême justesse par Mère, qui l’accueille dans son arche avant que son monde ne soit anéanti. Mère sauve ainsi quelques humains par-ci par-là. Ce Noé féminin entend offrir une seconde chance à l’humanité et construire une société idéale et utopique selon la vision qu’elle en a. À ceci près que Mère s’avère une autocrate des plus sanguinaire, et le lecteur devine très vite le pot aux roses. Les ayant sauvés, elle estime avoir tous les droits sur les réfugiés de son arche, un avis que beaucoup ne partagent pas…

Récit technophobe qui, une fois encore chez l’auteur, s’appuie sur les Écritures (« Elle [Mère] avait trop mangé de fruits défendus… » P. 252.), L’Arche de Mère est loin d’être le meilleur roman de Pierre Bordage. Mais, comme souvent chez l’auteur des Guerriers du silence, l’ensemble demeure très lisible et réserve de quoi passer un bon moment. Ce qui n’est déjà pas rien.

 

Jean-Pierre Lion

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