Aurélie LUONG
ARGYLL
432pp - 25,90 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Début du VIIIe siècle, l’Hispania est une région en proie à des luttes intestines. De leur côté, Ahmed et Tariq s’ennuient à Tanger après avoir soumis le Maghreb au nom du prophète et des Omeyyades. C’est alors qu’un seigneur wisigoth leur offre passage ainsi qu’à leurs guerriers amazighs pour se venger d’un despote et, bien entendu, le renverser. Ainsi débute la conquête d’Espagne par le tout véritable Tariq ibn Ziyad.
On ne le dirait pas comme ça mais il s’agit d’un roman de fantasy historique. Autant le dire tout de suite, le surnaturel apparaît de façon chiche dans le roman : c’est seulement à la moitié de L’Envol des sables qu’on apprend qu’il existe des mages — les asehhar — capables de soulever le vent et de parler aux djinns. Cette magie s’entremêle avec l’histoire des Amazigh : Kahina, la reine légendaire des Amazighs qui a tant résisté à l’invasion Omeyyade aurait réussi sa prouesse grâce à ses pouvoirs hors du commun. C’est donc ainsi, aidée et poussée par les vents surnaturels, que l’invasion se fera. La magie se manifestera à quelques autres reprises au gré des batailles, pas plus.
L’Envol des sables a pour ambition de prodiguer au lectorat un verbe au plus proche de celui employé par ses personnages amazighs (berbères, si vous êtes ignorant). L’avant-propos fournit une base onomastique et grammaticale très claire, pas de panique donc, cela ne nuit pas à l’immersion — mieux, ça l’aide.
La force de ce deuxième roman d’Aurélien Luong réside surtout dans le lien complexe qui unit Ahmed à Tariq, son agma, frère d’arme ou d’âme, au choix. Dans ce roman, c’est sur la trame de cette amitié que la conquête se déroule. Bien entendu, les Amazighs cherchent à s’émanciper des Omeyyades et l’Hispania semble être mûre pour la prise, mais, le temps du roman, c’est bien le rêve de deux frères brisés qui semble porter ce pari insensé. Si vous êtes avides d’en apprendre plus sur les Amazighs, la conquête de l’Espagne, tout en étant porté par un bon sirocco romanesque, allez-y donc bride abattue. Enfin, si le prix ne vous effraie pas…
Pierre Constantin