Notre héros, membre des services secrets spéciaux français, est chargé d’une mission très spéciale : récupérer l’ambassadeur martien qui semble avoir été enlevé par la secte des Verts, adorateurs des Martiens, justement. Il s’introduit subrepticement dans leur camp, en plein Larzac, qu’il connaît bien puisqu’il y a passé son enfance. Mais il découvre très vite que l’ambassadeur n’a pas été enlevé : non, il est là de son plein gré, en pleine partouze avec une dizaine de filles humaines.
Dans ce monde déjanté, uchronique, où Gorbatchev a mené la perestroïka jusqu’au bout, la Russie est devenue la puissance dominante mondiale. Lorsque la première sonde Mariner a pris des photos de la surface martienne et révélé que la planète rouge était habitée, la Russie a envoyé un premier voyage interplanétaire et a établi des liens diplomatiques avec les « Little Green Men ». Les USA ont perdu la course à l’espace et, sous la dictature de Bush Jr (surnommé le « Petit Buisson »), font la guerre aux États sécessionnistes américains.
Mais notre agent secret anonyme n’est pas le seul à chercher le Martien ! La CIA, le KGB veulent également s’en emparer, entre autres, et notre narrateur, chargé de la protection rapprochée de l’ambassadeur, se retrouve embringué dans une histoire tordue et échevelée qui lorgne sans vergogne du côté de Martiens, go home. De toutes les citations en exergue qui émaillent le roman, la seule qui soit véridique est d’ailleurs issue de cette référence de la SF. Comme les horribles nabots du roman de Fredric Brown, l’ambassadeur martien de Wagner est irrévérencieux, caractériel, jouisseur et impudent, et va en faire voir de toutes les couleurs à ses poursuivants. Mais quel est son objectif réel ? Pourquoi est-il venu sur Terre ?
Voici un roman réjouissant, qui donne une fausse impression de facilité et de frivolité. On y retrouve tous les ingrédients du grand Wagner : les psychédéliques, le sexe et le rock’n’roll, mais aussi la physique quantique (sauce SF) et les mondes parallèles… sans oublier la virulente satire politique de notre monde, qui rappelle à qui l’aurait oublié l’engagement de l’auteur et son humanisme. Les péripéties sont menées tambour battant, d’une écriture fluide, alerte, rigolarde, et on ne s’ennuie pas un instant. Le lecteur, quel que soit son âge, y retrouve le plaisir de la SF de l’âge d’or, la passion de l’aventure échevelée et des mondes incroyables, mais sans les clichés sexistes et datés qui, malheureusement, vont souvent avec. Un grand roman, sans doute un des meilleurs de Wagner.
Fabrice Chemla