Maxime CHATTAM
BRAGELONNE
128pp - 15,00 €
Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120
Cette nouvelle que l’on croyait perdue, initialement publiée en 1890 dans un supplément du Dublin Dayly Express, vient d’être retrouvée, 130 ans plus tard, par hasard, dans les archives de la Bibliothèque nationale d’Irlande. Un texte d’environ 40 000 signes.
À mille lieues du « gore » tapageur et tonitruant, l’horreur s’y fait discrète, comme un filet d’eau cristalline et glacée qui vous dégouline le long de la colonne vertébrale en murmurant juste pour votre oreille ce presque silence qui vous contraint à l’entendre. Le fantastique transparaît en filigrane, juste sous la surface, psychologique plutôt que surnaturel, le mal y est tapi dans un calme ambigu. On est à cet instant si spécial, tendu, où cessent soudain tous les bruits de la jungle. Le fameux « les deux trous rouges au côté droit » du Dormeur du val d’Arthur Rimbaud, écrit vingt ans auparavant… Nulle odeur de soufre brûlant par ici qui pourrait peut-être bien pourrir malgré tout sous la surface, par en dessous, par derrière, insidieux.
C’est un joli petit livre illustré avec une couverture rigide, imprimé sur un papier de qualité. Un bel objet, certes, que l’on ne réservera pas moins aux thuriféraires de l’auteur et de littérature gothique. C’est de qualité, sans nul doute, mais 15 euros juste pour une nouvelle, fut elle sauvée des limbes, voilà bien une proposition éditoriale pour exégètes.
Jean-Pierre Lion