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La Conspiration du loup rouge

Le Chathrand, colossal et fabuleux navire, ultime rescapé d’une flotte mythique, est de retour, et ce pour une mission si exceptionnelle qu’elle pourrait bien remettre en cause l’équilibre du monde… Oui mais voilà : on apprend dès les premières pages du livre, par l’entremise d’un article de presse, que l’exceptionnel vaisseau a coulé corps et âmes. Est-ce la faute de son capitaine, le féroce Nilus Rose, embarqué malgré lui dans cette périlleuse traversée ? Ou celle de Pazel, le jeune garçon dont on suit les aventures ? A moins que Tasha, la fille de l’ambassadeur, sensible aux charmes du jeune matelot, n’y soit pour quelque chose…

Robert Redick destinait cet ouvrage (pourtant fort imposant, et premier volet d’une tétralogie) à un public adolescent. Et cela se devine aisément à travers le choix des personnages, parfois caricaturaux et stéréotypés. Le héros, Pazel, est un jeune garçon très tôt séparé de ses parents du fait de la guerre. Il est ballotté d’une aventure à l’autre, sans faire preuve de beaucoup de volonté. Mais c’est bien sûr lui seul qui doit, en fin de compte, prendre une décision susceptible de sauver ou condamner le monde. Il est aidé dans son apprentissage par des alliés précieux : une fille un peu garçon manqué qui tombe rapidement amoureuse de lui ; un maître d’armes rusé ; un magicien venu d’un autre monde et à l’apparence d’un vison ; des êtres minuscules qui cherchent à rentrer chez eux… Et les dangers sont légion, comme il se doit : une belle-mère perfide ; un vieil espion machiavélique ; un sorcier revenu d’entre les morts à l’ambition et à la cruauté propres à tout bon méchant de série B… On a l’impression d’avoir croisé chacun de ces personnages au moins une fois : ici dans un roman, là dans un film. Enfin, autre artifice qui peut sembler facile : le don capricieux de Pazel, bien pratique dans l’usage qu’en fait l’auteur comme moteur narratif.

Toutefois, et ça pourrait presque en être étonnant malgré ces réserves justifiées, La Conspiration du Loup rouge s’avère une lecture pour le moins agréable, un roman qui, si l’on considère la relative inexpérience de son auteur (Redick a d’abord écrit Conquistadors, ouvrage inédit en français se déroulant à la fin des années 70 pendant la dictature en Argentine ; le récit qui nous occupe étant donc sont deuxième livre), fait montre d’une rouerie narrative consommée. Les personnages sont suffisamment nombreux pour apporter, par leurs rencontres, leurs aspirations et leurs luttes, de multiples rebondissements. Et si ces derniers sont parfois, on l’a dit, assez caricaturaux, ils n’en font pas moins montre d’épaisseur et contribuent pour beaucoup à maintenir le lecteur en haleine durant les 500 pages serrées de ce premier volet. Ainsi, après un départ un tantinet laborieux — la mise en place des personnages principaux ne prend pas loin d’une centaine de pages tout de même —, les actions s’enchaînent sans déplaisir, et on en vient tout naturellement à considérer cette Conspiration du Loup rouge, au sein de l’actuelle noria de titres de fantasy, comme une vraie bonne surprise. Redick, un auteur à surveiller ? Assurément.

Enfin, et ce n’est pas là le moindre des bonheurs, on soulignera la qualité de la traduction de l’excellent Michel Pagel, dont on ne doute pas qu’il soit devenu, s’il ne l’était déjà, un spécialiste des termes techniques de la marine à voiles ! 

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