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Les critiques de Bifrost

La Dame Renard

Yangsze CHOO
HACHETTE
528pp - 25,00 €

Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121

Perdre un enfant est une douleur incommensurable. Surtout quand le décès n’est pas naturel, mais provoqué par la cupidité et la cruauté de certains hommes. Suite à un tel évènement, on peut se morfondre dans la souffrance. Ou tenter de retrouver les coupables et se venger. La voie choisie par Neige, une dame renard dont le bébé a été capturé et maltraité par un photographe particulièrement brutal. Elle a vu sa fille mourir et elle a besoin de tuer l’auteur de ce crime odieux. C’est ainsi qu’elle se retrouve, en ce début de XXe siècle, en Mandchourie, sur les traces du meurtrier. Histoire déjà lue, certes. Mais Yangsze Choo, sans pouvoir éviter quelques longueurs et facilités, offre avec La Dame Renard un récit moderne ancré dans la tradition des animaux magiques.

Moderne, on le voit dès le début. Neige est une femme seule qui voyage à travers le pays. Comment faire dans cette société corsetée où l’on est soit épouse, soit prostituée ? Elle est donc obligée, sans cesse, de se surveiller afin d’éviter de laisser transparaître ses émotions, de ruser afin de ne pas donner aux hommes la possibilité de la blesser. Certaines réflexions, très pertinentes, qu’elle fait dans son journal (c’est ainsi que l’autrice nous présente les chapitres qui traitent de ce personnage) attirent l’attention sur la condition féminine en ces années pas si lointaines.

Ancré dans la tradition, car on sent que l’autrice a lu — beaucoup lu. Le renard est un animal qui connaît dans nombre de folklores une place importante. En Asie, particulièrement (Chine et Japon, entre autres). Yangsze Choo a su intégrer à son propre récit ces histoires anciennes et donner à son roman une teinte propre à plaire aux amateurs de genre. Les paysages prennent vie, avec leurs particularités architecturales (après la Mandchourie, Neige se rend au Japon), ancrés dans cette nature si importante dans les contes classiques. Les personnages, comme au théâtre, tiennent leur rang. Ainsi bien Bao, l’autre protagoniste dont on suit le parcours, un chapitre sur deux, ce détective au don fort utile — il est capable de repérer, à coup sûr, le moindre mensonge — que les autres figurants : d’autres renards à forme humaine surgis du passé de Neige ; des maris égoïstes, essentiellement guidés par leurs désirs ; des jeunes gens de familles aisées attirés par le parfum de la révolte sans en mesurer les conséquences. Un cadre riche, en somme, pour cette femme en quête de vengeance comme de pardon. Dans un roman, un peu long parfois, et dont certains personnages frôlent la caricature, mais aux notes sensibles et qui parvient à rendre crédible l’existence de ces êtres mi-animaux, mi-humains, qui ne cherchent qu’à vivre le plus paisiblement possible. Loin des fantasmes qu’ils engendrent. Loin de la haine qui les accompagne.

 

Raphaël Gaudin

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