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Les critiques de Bifrost

La Grande Porte

Frederik POHL
J'AI LU
320pp - 6,00 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Dans un futur peu réjouissant, les humains vivent comme ils peuvent sur une Terre surpeuplée en manque de nourriture. Tandis que de très riches et rares personnes connaissent l’opulence, la majorité survit à peine, mangeant insuffisamment des aliments industriels immondes à fabriquer comme à ingérer. Une situation qui n’est guère meilleure sur les colonies du Système solaire, tant les conditions qui y règnent sont médiocres et n’offrent aucun horizon. Pourtant, sur Vénus, Aino Planitia va faire la plus étrange des découvertes, une révolution appelée à changer la face de l’univers : la Grande Porte. À savoir un astéroïde creusé de tunnels truffés de vaisseaux spatiaux de conception extraterrestre prêts à partir pour une destination préprogrammée. Une manière d’astroport, en somme, qui bientôt accueille candidates et candidats au grand départ… Et surtout, espèrent-ils, au gros lot. Mais les vainqueurs sont rares à ce petit jeu, car personne ne comprend rien à la technologie utilisée. Il suffit de pénétrer dans le vaisseau avec des réserves, de déclencher le décollage et d’attendre. Rien d’autre à faire. Si tout va bien, on arrive sur un site contenant d’autres machines E.T. et on revient riche. Sauf que la plupart du temps, on ne rentre pas : soit le vaisseau a terminé sa course dans une supernova, soit le voyage s’est avéré trop long pour la nourriture embraquée, soit d’autres surprises aussi peu sympathiques ont annihilé tout espoir.

Malgré tout, pas à pas, l’humanité en apprend davantage sur les créatures nous ayant fait ce cadeau empoisonné et qu’on affuble du nom de Heechee (nom qui ne ressemble en rien à leur véritable dénomination, et leur déplaira fortement). Mais les choses vont si lentement. Trop pour éviter que la Terre ne se transforme en charnier, les révoltes et les attentats se succédant devant les pénuries et les famines à répétition. Heureusement, quelques découvertes vont changer la donne. Leur point commun ? Robinette Broadhead, un explorateur devenu riche grâce à la Grande Porte. C’est le personnage central de tous les romans à l’exception du dernier, Le Garçon qui vivrait pour toujours, paru quatorze ans après le volume précédent, À travers la Grande Porte (livre étrange composé d’une novella et d’annexes synthétisant les éléments essentiels de cette série).

Et d’ailleurs, quand bien même le thème principal de cette œuvre est cet astéroïde, et donc les grands espaces et les extraterrestres, l’autre sujet central est bien entendu l’humanité. À travers Robin(ette), Frederik Pohl parle de nous, humains, avec acuité et finesse. Comme un certain Philip Roth, il sonde l’âme des femmes et des hommes qu’il dépeint, sans méchanceté, mais aussi sans aménité : son héros passe, dès le premier tome, sous les rouages d’une IA psychologue, Sigfrid von Shrink (un nom qui donne un aperçu de l’humour de Frederik Pohl). Subtil moyen de construire le roman, à rebours du temps et des événements, jusqu’au traumatisme à l’origine de la fortune de ce personnage fissuré révélant névroses et angoisses en miroir de celles de nos sociétés au bout de leurs modèles. Mais rien ne peut se faire sans violence, d’autant que les haines sont toujours aussi tenaces, qu’elles visent les étrangers venant d’autres pays ou ceux d’autres planètes. Tableau d’une surprenante modernité, parfois, surtout quand l’auteur aborde le sujet des IA (merci à Olivier Bérenval pour son travail sur les traductions originales) : certaines réflexions faisant sans peine écho aux préoccupations actuelles. Ainsi, avec La Grande Porte, ajout indispensable à cette collection « Intégrales », les éditions Mnémos continuent leur nécessaire et vital travail sur les œuvres patrimoniales de SF.

Dans un futur peu réjouissant, les humains vivent comme ils peuvent sur une Terre surpeuplée en manque de nourriture. Tandis que de très riches et rares personnes connaissent l’opulence, la majorité survit à peine, mangeant insuffisamment des aliments industriels immondes à fabriquer comme à ingérer. Une situation qui n’est guère meilleure sur les colonies du Système solaire, tant les conditions qui y règnent sont médiocres et n’offrent aucun horizon. Pourtant, sur Vénus, Aino Planitia va faire la plus étrange des découvertes, une révolution appelée à changer la face de l’univers : la Grande Porte. À savoir un astéroïde creusé de tunnels truffés de vaisseaux spatiaux de conception extraterrestre prêts à partir pour une destination préprogrammée. Une manière d’astroport, en somme, qui bientôt accueille candidates et candidats au grand départ… Et surtout, espèrent-ils, au gros lot. Mais les vainqueurs sont rares à ce petit jeu, car personne ne comprend rien à la technologie utilisée. Il suffit de pénétrer dans le vaisseau avec des réserves, de déclencher le décollage et d’attendre. Rien d’autre à faire. Si tout va bien, on arrive sur un site contenant d’autres machines E.T. et on revient riche. Sauf que la plupart du temps, on ne rentre pas : soit le vaisseau a terminé sa course dans une supernova, soit le voyage s’est avéré trop long pour la nourriture embraquée, soit d’autres surprises aussi peu sympathiques ont annihilé tout espoir.

Malgré tout, pas à pas, l’humanité en apprend davantage sur les créatures nous ayant fait ce cadeau empoisonné et qu’on affuble du nom de Heechee (nom qui ne ressemble en rien à leur véritable dénomination, et leur déplaira fortement). Mais les choses vont si lentement. Trop pour éviter que la Terre ne se transforme en charnier, les révoltes et les attentats se succédant devant les pénuries et les famines à répétition. Heureusement, quelques découvertes vont changer la donne. Leur point commun ? Robinette Broadhead, un explorateur devenu riche grâce à la Grande Porte. C’est le personnage central de tous les romans à l’exception du dernier, Le Garçon qui vivrait pour toujours, paru quatorze ans après le volume précédent, À travers la Grande Porte (livre étrange composé d’une novella et d’annexes synthétisant les éléments essentiels de cette série).

Et d’ailleurs, quand bien même le thème principal de cette œuvre est cet astéroïde, et donc les grands espaces et les extraterrestres, l’autre sujet central est bien entendu l’humanité. À travers Robin(ette), Frederik Pohl parle de nous, humains, avec acuité et finesse. Comme un certain Philip Roth, il sonde l’âme des femmes et des hommes qu’il dépeint, sans méchanceté, mais aussi sans aménité : son héros passe, dès le premier tome, sous les rouages d’une IA psychologue, Sigfrid von Shrink (un nom qui donne un aperçu de l’humour de Frederik Pohl). Subtil moyen de construire le roman, à rebours du temps et des événements, jusqu’au traumatisme à l’origine de la fortune de ce personnage fissuré révélant névroses et angoisses en miroir de celles de nos sociétés au bout de leurs modèles. Mais rien ne peut se faire sans violence, d’autant que les haines sont toujours aussi tenaces, qu’elles visent les étrangers venant d’autres pays ou ceux d’autres planètes. Tableau d’une surprenante modernité, parfois, surtout quand l’auteur aborde le sujet des IA (merci à Olivier Bérenval pour son travail sur les traductions originales) : certaines réflexions faisant sans peine écho aux préoccupations actuelles. Ainsi, avec La Grande Porte, ajout indispensable à cette collection « Intégrales », les éditions Mnémos continuent leur nécessaire et vital travail sur les œuvres patrimoniales de SF.

Raphaël Gaudin

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