Lucie HEDER
LA VOLTE
324pp - 19,00 €
Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120
Deuxième roman de Lucie Heder, La Grande Verdure nous propulse dans la communauté du même nom, au sein d’un avenir indéterminé mais pas si lointain, où le climat s’est considérablement déréglé. Tempêtes de poussière et crues forment le lot commun, mais dans la grande verdure, havre végétal implanté au milieu de ruines, les membres de cette communauté font de leur mieux pour survivre. Cela implique quelques changements sociétaux : la grande verdure se répartit en petits groupes dont toutes et tous portent un nom de plante. Des plantes chargées d’une symbolique. Les conversations sont rythmées par ces plantes, chacune servant autant à exprimer une émotion qu’à la tempérer. Mais celle que l’on connaît sous le nom de Lierre Hélix ne se satisfait pas de cette situation : elle se sent à l’étroit dans la grande verdure et arpente volontiers les bâtiments à l’abandon des zones alentours. C’est là qu’elle rencontre Sable. Cette femme étrange vit dans les ruines avec quelques autres marginaux, à l’insu des membres de la grande verdure… jusqu’à que leur présence soit découverte. Que faire de Sable ? Car Sable est excessive, Sable déborde de partout. Que faire aussi de Lierre l’indomptable ? Et que faire surtout de ces inquiétants geeks férus de drones qui résident à quelques kilomètres de là et dont les incursions se font de plus en plus fréquentes et importunes ?
Si La Grande Verdure, par son titre, peut laisser supposer qu’il sera question de jardinage et d’horticulture, il n’en est rien. Au contraire, narré par Lierre, le récit fait montre d’une dimension très physique. Les personnages, Lierre et Sable, passent leur temps à se toucher, à renifler, morver… Quant à l’intrigue, elle se déploie à la vitesse d’une plante : tranquille. Néanmoins, les péripéties du dernier tiers, où les choses s’accélèrent enfin, ne constituent pas les pages les plus réussies du roman. L’intérêt réside plus sûrement dans la description de la communauté de la grande verdure, pleine de bonne volonté mais un rien trop inerte, rigide et étouffante, ou dans celui du personnage de Sable… mais la première peine à fasciner tandis que la seconde, dans ses excès permanents, peut susciter l’agacement. Le message est clair : l’intransigeance des uns doit être adoucie par la folie de l’autre. La complémentarité est importante, l’utopie n’en sera que moins ambiguë.
Peut-être que la longueur d’un court roman aurait mieux convenu à La Grande Verdure. Et, chez le même éditeur, on recommandera plutôt Les Mains vides d’Elio Possoz, novella (enfin, roman vu sa longueur) aux thématiques proches autrement plus convaincante.
Erwann Perchoc