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Les critiques de Bifrost

La Guilde des queues de chats morts

Phenderson Djèlí CLARK
L'ATALANTE
208pp - 15,50 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Après Maître des djinns, un roman dont l’intrigue prenait place dans une Égypte de 1912 aux prises avec la magie, Phenderson Djèlí Clark est de retour dans le format qui l’a fait connaître en France, la novella, et avec l’énergie et la fougue qui ont fait son succès. Ici, l’action se situe dans un monde imaginaire, au cœur de la vaste cité de Tal Abisi, indéniablement d’inspiration orientale. Et pour le moins bourrée de sortilèges. D’ailleurs Eveen, le personnage principal, est… morte. Même si elle semble bien en vie — et très en forme. Avec un emploi du temps somme toute rempli : elle assassine pour le compte d’Aeril, une déesse, rien que ça, qui s’est occupée de la faire revenir parmi les vivants, et la charge des contrats les plus complexes. Ce dont elle s’acquitte à merveille, et non sans plaisir, d’où son surnom très populaire d’Éviscératrice. Jusqu’à cette mission où elle croit reconnaître sa cible. Et pour cause : cette dernière lui ressemble tant qu’Eveen en vient à se demander si elle n’a pas une jumelle cachée. Bien entendu, le fait que sa résurrection lui ait ôté la mémoire, comme il est normal dans pareil cas, n’arrange rien à l’affaire. Aussi décide-t-elle de sauver sa victime et d’enquêter. Mais le contrat a été signé au nom d’Aeril, sa déesse tutélaire. Une déesse qui ne plaisante pas avec la parole donnée…

On l’aura compris, l’auteur nous entraîne ici à travers les quartiers hauts en couleur de Tal Abisi, aux côtés de personnages tout à fait truculents. Le titre du récit est une indication parfaite de la façon dont Djèlí Clark envisage l’écriture : il faut distraire, intelligemment, sans jamais mégoter sur l’humour. L’auteur américain pratique l’hyperbole avec passion, tout comme il assaisonne ses récits de couleurs et de senteurs fortes. Un mets se doit d’être épicé si l’on veut qu’il ait du goût. Et Djèlí Clark, en maître queux de talent, use des ingrédients avec efficacité pour un plaisir jubilatoire. On trouve au fil des pages la liste de commandements du parfait assassin, mélange de bon sens et de trucs de grand-mère. La multiplication des bruitages, comme dans une bande dessinée. Un ton détaché, voire légèrement amusé devant la mort. Le même type de final que dans les trilogies de Robert Jackson Bennett, avec intervention d’une divinité (ici de langue créole, comme un écho à ses Tambours du dieu noir) et pyrotechnie coûteuse. Un retour réussi qui laisse espérer que le prochain récit de Phenderson Djèlí Clark se matérialisera sur les tables de nos librairies avant trois ans.

Raphaël Gaudin

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