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Les critiques de Bifrost

La Maison de poupée hantée et autres histoires de fantômes

Montague Rhodes JAMES, Jean-Pierre OHL
L'ARBRE VENGEUR
228pp - 22,00 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Montague Rhodes James (1862-1936), universitaire, érudit et écrivain anglais, fut principal du King’s Collège de Cambridge, puis du Eton Collège où lui-même étudia. Mais, à l’instar de nombre de ses contemporains ou prédécesseurs, c’est à ses écrits fantastiques qu’il doit de n’avoir point sombré dans les abysses de l’oubli. Le fantôme est le thème de prédilection de ses récits, dont huit sont ici réunis.

Ce recueil, comme Siffle et je viendrai… (NéO, 1982) ou Il y avait un homme qui demeurait près du cimetière (L’Éveilleur, 2019) est extrait des Collected Ghost Stories (1931) qui fut traduit en 1990 sous le titre Histoires de fantômes Complètes dans la collection « NéOmnibus » (chez NéO, bien sûr, une édition épuisée, mais dont 500 nuances de Geek propose une version, plus complète encore, en deux tomes, intitulée Une plaisante terreur).

Comme Bach avec les variations Goldberg ou Beethoven avec les variations Diabelli, M. R. James tire tout un tas de variations stupéfiantes sur le thème fantomal. Les textes ici rassemblés furent originalement publiés entre 1904 et 1936, soit la seconde moitié de cet âge d’or de la littérature et de la presse écrite qui s’étend entre les guerres de 70 et la Grande Guerre ou, plus largement, de celle de Crimée à 1945. Petit à petit, littérature et presse se virent battre en brèche par la radio, le cinéma et ses actualités, la BD puis la télévision. Il faut reconnaître que M. R. James sait décliner ses histoires avec beaucoup d’originalité. Certes, les fantômes et leurs vieux manoirs victoriens sont à l’Angleterre ce que les soucoupes volantes sont à l’Amérique, et ces récits sont écrits à la manière d’alors. L’auteur ne s’efface pas totalement derrière le récit, mais en est partie prenante. Il y a deux, trois ou plus de degrés narratifs imbriqués comme des poupées russes entre les événements et l’auteur. Ainsi D a assisté aux événements arrivés à E puis en fait le récit à C qui les a mis par écrit, documents qui sont parvenus entre les mains de B, grand-père de l’auteur A.

Plutôt que de vieilles demeures qui restent en arrière-plan, chez M. R. James ce sont plus souvent des objets qui servent d’interface entre les mondes des vivants et des morts, bien que vous puissiez y croiser un mort-vivant à l’occasion. La hantise peut prendre place dans une gravure, une monnaie ancienne, voire une maison de poupée ou encore un vieil arbre. Il arrive aussi qu’il n’y ait pas de hantise à proprement parler, mais qu’un objet soit conçu aux risques et périls de son détenteur pour percevoir ce qui ne devrait pas l’être.

Chaque texte est illustré. L’ouvrage est présenté sous une couverture à rabats selon la mode actuelle, et le texte est imprimé dans une casse assez grosse pour convenir aux lecteurs un brin vieillissant dont la vue n’a plus toute l’acuité désirée. On a là un bien plaisant ouvrage.

Jean-Pierre Lion

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