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Les critiques de Bifrost

La Malédiction du serpent

Guy N. BOOTHBY
L'OEIL DU SPHINX (ODS)
13,00 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

Un temps star des librairies anglo-saxonnes et des lecteurs avides d’aventures et d’action, l’Anglo-Australien Guy Boothby est depuis belle lurette tombé dans l’oubli. Hormis des amateurs de pulps nostalgiques d’un « âge d’or » mythique du roman d’aventures. Dont en France Richard D. Nolane, qui publie peu à peu certains des meilleurs romans de cet écrivain. Ainsi La Malédiction du serpent, dernière traduction en date, qui ne se trouve qu’en version papier et uniquement — ou presque — à l’achat en ligne.

Écrit en 1902, La Malédiction du serpent est un condensé de tous les éléments nécessaires à une bonne histoire pleine d’exotisme et d’horreur telle qu’on les concevait au début du siècle dernier. Cela, déjà sous sa forme. Un certain Robert Mortimer rentrant d’Extrême-Orient dans son Angleterre natale croise, lors de son dernier voyage en train, un étrange voyageur avec une malle mystérieuse qui lui confie une grosse somme d’argent et un manuscrit ; charge pour lui de le faire publier après son décès. C’est donc ce manuscrit que nous lisons, sachant dès le départ que le protagoniste est mort. Cet artifice encadre une histoire somme toute classique de deux amis d’enfance qui se retrouvent à l’autre bout du monde : l’un, après avoir amplement voyagé, propriétaire terrien aisé sur le point de faire un beau mariage ; l’autre, à l’aspect bien trop vieilli, qui débarque chez son ancien condisciple… Et le premier va voir les malheurs s’accumuler à mesure que son destin se mêle de nouveau à celui du second. Sans oublier un élément surnaturel : un gros serpent mystérieux acheté à un marchand de Hong Kong (l’ancêtre du vieillard revendeur de mogwaï dans Gremlins ? L’inspiration en est assez proche pour que le doute soit permis). Niché dans sa malle d’osier, ce serpent exauce tous les désirs de son propriétaire, mais à un prix très élevé. Et le texte insinue assez fortement que l’animal en question serait celui qui aurait sévi au jardin d’Eden pour tenter Ève et Adam …

Le résultat est certes très daté dans son style, avec de nombreuses longueurs descriptives, mais si vous aimez l’exotisme et le fantastique à l’ancienne, ce livre est pour vous. D’autant qu’il ne souffre pas à outrance des pires relents des « penny dreadful » ou des pulps courant à cette période : il n’est ni outrancièrement raciste (à quelques clichés près, mais en 1902, l’Empire britannique dominait encore une grande partie du monde et apportait, hum, la civilisation aux peuplades sauvages et/ou dégénérées — re-hum) ni excessivement misogyne (même si cette pauvre Estelle semble bien naïve). Et comme ce roman est indépendant du cycle principal de Guy Boothby, centré sur le Dr Nikola, il constitue une porte d’entrée idéale pour (re)découvrir l’auteur.

 

Stéphanie Chaptal

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