Evan WINTER
RIVAGES
656pp - 24,00 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
Une bataille mal engagée, un baroud d’honneur des troupes d’élite acculées pour protéger la Reine et les civils d’un peuple en quête de refuge, un dragon en colère, une plage vitrifiée. Le début de La Rage des dragons a le mérite d’entrer directement au cœur de l’action. Et après ce prologue, grand bond dans le temps pour suivre le vrai héros du roman : Tau Solarin-Tafari. Et laisser finalement les reptiles volants pyromanes prendre un peu de repos. Tau est issu d’une union entre deux personnes de classe différente. Si vous avez instantanément pensé à Fitz de L’Assasin Royal de Robin Hobb, bravo ! C’est le même modèle, avec exactement les mêmes valses-hésitations qui font de FitzChevalerie Loinvoyant l’une des têtes à claques les plus agaçantes de la fantasy. Ce brave Tau s’en sort mieux, car on ne lui demande pas d’intégrer une classe d’assassin/ ranger où la discrétion et la ruse sont la règle, mais bien d’être un tank avec une forte capacité d’aggro pour débouler à fond de train sur le terrain. Ou plutôt au fil des pages…
Avec La Rage des dragons, le premier tome de « The Burning » (série qui en compte pour l’instant deux, un troisième étant prévu mais sans date de sortie), Evan Winter se lance dans un récit dense, rempli à ras bord d’action et d’intrigues, dans la droite ligne des romans d’heroic fantasy tels ceux de John Gwynne. Et pour ce faire, il va aller plonger son inspiration dans les mythes et légendes d’Afrique australe, et plus précisément du peuple xhosa, dont ses parents descendent. Ce qui change des romans de fantasy (souvent classés en jeunesse ou young adult) basés sur une mythologie d’Afrique de l’Ouest (généralement nigériane), et encore plus des romans d’heroic fantasy plus classiques s’appuyant sur les mythes et histoires celtes, scandinaves ou latines. Ne vous fiez pas non plus au titre, la rage et les dragons qui y figurent sont plus une référence à des unités militaires de cet univers que des créatures mythiques (même si les trop rares apparitions de ces kaïjus de feu sont toujours un régal). La trame du roman est assez classique : un jeune de basse caste grimpant les échelons par vengeance, et une jeune femme cherchant à prendre le pouvoir qui lui revient avant que l’usurpatrice ne précipite le pays dans le chaos. La construction même du monde laisse quelque peu à désirer, avec des distances aléatoirement plus grandes ou plus petites suivant les besoins des protagonistes, des personnages féminins finalement bien en retrait et falots même s’ils sont les mages/sorciers de l’histoire (dans les faits, les clercs soigneurs du groupe, qui se tuent souvent à la tâche de soutien des vrais guerriers mâles).
Le résultat : un livre correct d’heroic fantasy et un bon premier roman, mais qui plaira avant tout aux amateurs du registre ne rechignant pas à relire une énième fois des intrigues convenues, avec un nouveau jeu d’épices venues d’Afrique pour saupoudrer leur recette favorite.
Stéphanie Chaptal
CHARREL