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La Reine des lumières

Xavier Mauméjean fait partie de ces écrivains ayant sans arrêt la bougeotte. D'un roman à l'autre, de la Babylone antique au Coney Island du début du XXe siècle, du Londres victorien à l'académie militaire d'un futur lointain, il ne reste jamais en place. Aujourd'hui, dans le cadre de la collection pour la jeunesse « Ukronie », il se penche sur les descendants d'Alexandre le Grand.

L'univers de La Reine des Lumières diverge lors d'un épisode célèbre, tenant davantage de la légende que du fait historique : l'histoire du nœud gordien. Ici, plutôt que de le trancher d'un coup d'épée, Alexandre consacre de longs mois à en découvrir le secret afin de le dénouer, accomplissant ainsi la prophétie qui lui permettra de s'emparer de l'Asie. La scène telle que Mauméjean la décrit, aussi amusante que peu crédible, permet de saisir l'esprit de ce roman. L'auteur se soucie moins de vraisemblance historique que des possibilités que lui offre la conquête de l'Inde par le Macédonien. Dans ces conditions, on ne s'étonnera guère que, vingt siècles plus tard, son empire continue de dominer le monde.

À la place de la culture occidentale qui nous est familière, ce monde a vu s'imposer un modèle culturel mêlant des influences grecques et indiennes. La société est divisée en castes, allant des dirigeants aux parias, les principales religions sont consacrées à Apollon et Dionysos, l'empereur Sykander règne sur un domaine s'étendant de l'Europe aux confins de l'Asie. Le dépaysement est garanti.

Après deux mille ans d'existence, l'empire d'Alexandre souffre de son immobilisme dans tous les domaines. La science et la technologie n'ont guère eu l'occasion de se développer, et même si Sykander fait figure de réformateur modéré, rien ni personne ne semble vouloir contester les fondements de cette société. Mais l'assassinat de l'empereur par son frère, le très conservateur Philippe, va remettre en branle les rouages de l'Histoire. Pour s'opposer aux projets du nouveau monarque, la Compagnie des Indes, gigantesque firme autant impliquée dans le commerce mondial que dans les arcanes politiciennes, prend le parti de Roxane, la fille de Sykander, et pour lui venir en aide fait appel à l'un de ses anciens agents, l'aventurier Thomas Drake. C'est sur ces deux personnages que va se focaliser La Reine des Lumières.

À la complexité de l'univers décrit s'oppose la simplicité de l'intrigue. Passé le premier tiers du roman, consacré à la découverte de ce monde, parfois un peu laborieuse — les passages didactiques y abondent —, le rythme s'accélère et Mauméjean enchaîne les morceaux de bravoure : combats navals, escarmouches dans les montagnes afghanes ou batailles opposant des dizaines de milliers de guerriers ; les scènes spectaculaires se succèdent jusqu'au duel final. Entre deux poussées d'adrénaline, l'auteur continue d'interroger cette société et ses failles à travers une galerie de personnages souvent attachants, quelle que soit la cause qu'ils défendent.

La Reine des Lumières est sans doute trop conventionnel dans son déroulement pour qu'on le range parmi les meilleures œuvres de son auteur. Il n'empêche que, par l'originalité de son cadre et l'énergie qu'y a insufflée Xavier Mauméjean, il constitue un excellent divertissement.

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