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Les critiques de Bifrost

La Saison de la sorcière

Roland C. WAGNER
LES MOUTONS ÉLECTRIQUES
240pp - 15,00 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Un beau matin, la tour Eiffel est arrachée à son socle par un ptérodactyle géant. Après quoi, la tour de Londres se mue en un tas de rocs fondus tandis que les pierres du château de Schönbrunn se métamorphosent en sucre candi et que des statues géantes à l’effigie de Mao déambulent dans Pékin. De toute évidence, il y a de la magie dans l’air… Voyant que les pays touchés ne réagissent pas comme ils le devraient, les USA (pardon, les U$A) décident de prendre les choses en main, et occupent militairement l’Europe afin de la protéger de cette menace magique ; à côté, ils recrutent des magiciens à tour de bras afin de lutter contre les sorciers terroristes.

D’un côté, on suit donc Fric, un jeune homme sortant tout juste de prison. Alors qu’il boit un verre dans un bar avec ses amis, un Tazu — comprenez un soldat étazunien — est battu à mort. Pour Fric et ses camarades d’infortune, seule la fuite est possible, fuite qui les amène dans une enclave de la région parisienne, curieusement évitée par toutes les forces de police et habitée par une communauté hippie suréquipée en matos informatique. D’un autre côté, une sorcière est capturée dans quelque pays tropical par un commando US. Ramener cette dernière sur le sol américain et la convertir aux idéaux locaux ne sera pas tâche aisée, mais l’armée a besoin d’elle : un nouvel attentat magique serait imminent et il faut à tout prix dénicher les sorciers terroristes avant qu’ils ne puissent commettre leur méfait. Comme il se doit, les deux intrigues vont se nouer dans un final pétaradant.

Publié deux ans après le 11-septembre, à une époque où les USA avaient cru bon d’envahir l’Irak, La Saison de la sorcière fait preuve d’un anti-américanisme ne s’embarrassant guère de nuances. La différence avec notre réalité réside dans le fait que la chasse aux sorcières est à prendre ici au pied de la lettre. La ligne narrative consacrée à la magicienne progresse par petites touches, chaque chapitre s’intéressant à l’une ou l’autre personne responsable de sa capture, de son transfert, de sa conversion, etc. Anonyme, la sorcière demeure une énigme jusqu’à la fin, qui dévoile sa véritable nature. À côté, dans une série de péripéties plus terre à terre, Roland C. Wagner met en scène une joyeuse bande de bras cassés, qui trouve une échappatoire au sein d’une véritable petite utopie.

Dénonciation de l’impérialisme américain, communauté anarchiste peuplée d’individus attachants : RCW met en scène ses marottes, au fil d’un roman court et efficace comme un bon morceau de punk. Les facilités de l’intrigue passent à l’arrière-plan, tant l’ensemble s’avère drôle et réjouissant.


Erwann Perchoc

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