Gareth BROWN
SONATINE
24,90 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Le premier roman de Gareth Brown, Le Livre des portes, ayant eu de bons échos parmi les amateurs d’Imaginaire, l’auteur écossais saura-t-il récidiver avec La Société des objets magiques (traduction étrange du The Society of Unknowable Objects d’origine, soit dit en passant) ? Eh bien…. tout dépend de vos attentes. Si vous souhaitez une histoire d’urban fantasy riche à la façon de Les Magiciens de Lev Grossman (cf. Bifrost n° 61) ou du Book of Love de Kelly Link (voir plus haut), avec un univers profond et des personnages attachants, vous allez être déçu. Si vous cherchez simplement un livre facile et très rapide à lire, malgré ses 480 pages affichées, histoire de vous détendre et nourrir votre nostalgie des polars économiques de Paul-Loup Sulitzer, ou que vous aimez les livres prémâchés à formule comme ceux de Freida McFadden (La Femme de ménage et ses suites), Michel Bussi ou autre Peter Randa, allez-y sans crainte : ce livre est fait pour vous.
L’idée de base est qu’il existe certains objets ayant des capacités magiques (un médaillon permettant de voler, une pièce d’échec d’imposer sa volonté aux autres, une carte au trésor dédiée, des pilules rendant immortel, etc.) et qu’une confrérie secrète les conserve bien à l’abri de tous les mauvais usages génération après génération, sous une librairie de Londres. Sauf que… après des décennies, un nouvel objet magique aurait été détecté à Hong Kong. La confrérie envoie alors l’une de ses membres les plus récentes pour le récupérer, mais celle-ci va découvrir au péril de sa vie que la vérité sur ces objets ne correspond pas du tout à ce qu’on lui a appris. Et elle devra démêler le fil entre la vérité et les mensonges qu’on lui a longtemps assené pour sauver sa peau… et le monde !
Présenté par l’éditeur comme « une nouvelle aventure magique, aussi passionnante que réjouissante [qui] nous ensorcelle littéralement de la première à la dernière page », La Société des objets magiques peine à convaincre la lectrice d’Imaginaire et de polar aguerrie. Déjà parce que les ficelles qu’il utilise sont particulièrement grosses. À tel point que si l’auteur avait ajouté entre parenthèses, derrière le nom de certains personnages, son rôle — le grand méchant, le traître, l’allié « inattendu » — il aurait fait preuve d’à peine moins de finesse. Un exemple ? Celui qui est présenté comme le « love interest » de la protagoniste meurt brutalement peu après son apparition. Définitivement ? L’héroïne s’étant enfuie avant de vérifier de ses propres yeux que le corps est bien froid, puis enterré ou incinéré, la jurisprudence Marvel s’applique… et hop !, le revoici fringant et toujours aussi « beau » quelques pages plus loin. L’héroïne, justement. Arrêtons-nous un instant sur elle : rousse, richissime, car écrivaine de polars best-sellers depuis son premier récit, belle mais ne le sachant pas, dotée d’un objet magique inconnu de sa confrérie aux pouvoirs mirifiques… N’en jetez plus, c’est le personnage typique de 90 % des fanfics écrites par des adolescentes sur Wattpad, AO3 ou autre fanfiction.net depuis 2002 au moins (notez que dans les 10 % restant se trouvent parfois de purs chefs-d’œuvre). Et c’est bien l’impression que laisse ce livre : une fanfiction de roman d’aventure et d’espionnage avec un soupçon de magie sans que celle-ci ne soit justifiée par autre chose qu’un bon vieux TGCM (Ta Gueule, C’est Magique, pour les non-rôlistes). Vite lu, et encore plus vite oublié.
Stéphanie Chaptal