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Le Bar de partout

Entre 2003 et 2006, Claude Mamier, accompagné du photographe Dul (Philippe Dulauroy), a parcouru le monde durant 1000 jours, à la découverte des contes et récits qui imprègnent chacune des cultures traversées. Il en a ramené une source d'imagination quasiment inépuisable, qui lui a déjà donné matière à un premier recueil, Les Contes du Vagabond publié chez Malpertuis. Le Bar de Partout prolonge le chemin, entre la Palestine et la Tanzanie, le Népal et la Slovaquie, ou encore le Brésil et le Cambodge… Bref, on voyage beaucoup chez Mamier, et ça n'est pas pour déplaire, car l'auteur sait nous faire sentir, voir, entendre les lieux décrits. Ça ne sent pas le guide de voyage correctement assimilé, mais bien le vécu, et du reste Claudio le Vagabond, comme il aime à se faire appeler, reconnaît dans la postface que la plupart de ses personnages existent vraiment, et qu'il les a rencontrés. Cette capacité de Mamier à permettre à son lecteur une immersion complète dans des endroits qu'il ne verra pour certains jamais, et ce en quelques lignes, constitue la principale force de l'auteur.

Il convient de préciser à l'attention du lecteur potentiel qu'en dépit du fait que ce recueil soit publié dans une collection dédiée à l'Imaginaire, l'Imaginaire en question se réduit à sa portion la plus congrue, qu'on aura appréhendée dès la fin de la première nouvelle. En effet, les clients du Bar de Partout ont un point commun, qui propulse ce livre dans la veine irréelle. Mais les textes en eux-mêmes n'ont que très peu d'éléments fantastiques ; tout au plus peut-on croiser quelques fantômes (qui sont peut-être tout simplement imaginés par les narrateurs) ou certains personnages qui font office d'archétypes de la société dans laquelle ils évoluent. Bien évidemment, il n'est pas question ici d'émettre un quelconque jugement de valeur ou de déclencher une quelconque polémique sur l'appartenance ou non des textes ; simplement, le lecteur qui penserait retrouver ici la « quincaillerie » habituelle des genres doit revoir ses attentes. Au contraire, Mamier nous décrit des tranches de vie tout ce qu'il y a de plus réalistes, des personnes en prise avec les tourments de l'existence, qu'il s'agisse de société en pleine déliquescence, de vie sans liberté, de perte des repères identitaires… La tonalité globale des nouvelles est clairement désenchantée — ce qui ne surprendra guère, compte tenu du fil rouge qu'elles entretiennent — mais profondément humaine. Et les textes de se répondre les uns aux autres, en vue de tisser une sorte de cartographie de la désespérance mondiale. On se permettra juste de pointer du doigt une trop grande homogénéité des récits : ils sont tous à peu près construits et racontés de la même manière, de telle sorte qu'au bout du compte l'ennui montre le bout de son nez malgré toute l'affection qu'on peut éprouver pour les protagonistes. Une plus grande liberté de ton et de traitement aurait sans aucun doute apporté un plus, un supplément d'âme à l'ouvrage. Il n'en reste pas moins qu'en l'état, Le Bar de Partout est une confirmation supplémentaire du talent de conteur de Claude Mamier, une voix attachante dans le paysage éditorial.

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