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Les critiques de Bifrost

Le Chant du cosmos

Roland C. WAGNER
L'ATALANTE
416pp - 8,50 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

L’Humanité a essaimé sur de nombreuses planètes de la Galaxie et vit, pour l’essentiel, dans la paix. La violence et la guerre ont été proscrites, le végétarisme est généralisé… Seule une planète, ironiquement nommée Eden, fait exception et cultive un goût immodéré pour la violence et le meurtre. Heureusement, Eden est soumise à un embargo.

Dans cet univers presque utopique, le roman s’attache à Yeff, sympathique baba-cool de la planète Océan, et au Maèdre, grosse peluche extraterrestre et indestructible, l’une des plus belles créations de l’imaginaire wagnérien magnifiquement illustrée par Caza. Yeff est un télépathe surdoué, ce qui l’amène à participer au Jeu, un tournoi où les joueurs s’affrontent en esprit. Cette compétition pacifique est chamboulée par une nouvelle manière de jouer, violente et agressive : la Voie tranchante.

La deuxième ligne narrative du roman a des allures d’enquête policière. Partant de ce qui semble être une banale arnaque à l’assurance, un policier bouddhiste, Barden Den-Den, met à jour un complot d’envergure galactique. Le personnage est vite tué, mais cela ne l’empêche pas de poursuivre ses investigations sous la forme d’un « fantoma », mélange de revenant et de personnalité numérisée qui n’est pas sans rappeler la Gloria des « Futurs Mystères de Paris ».

Ce n’est pas le seul point qui rattache ce roman aux aventures du détective au chapeau vert. S’y trouve également la description d’une société apaisée, où la violence est ringardisée à l’extrême et où la préservation de la vie s’impose à tous. Si la psychosphère n’est pas explicitement évoquée, les vibrations cosmiques qui constituent la trame sous-jacente de l’univers et qui jouent un rôle majeur tant dans le voyage supraluminique que dans le Jeu ont beaucoup de points communs avec elle.

Dans Le Chant du cosmos, Roland C. Wagner s’amuse avec les codes : ceux du polar, puisque l’enquête de Barden Den-Den prend l’allure d’un roman de Chandler dans le futur, et surtout ceux du space opera façon Jack Vance. Tous les ingrédients sont là : nombreuses planètes très typées, jusqu’à la caricature, distances énormes et civilisations qui s’étendent sur des millénaires. Mais c’est du space opera à l’ancienne : le futur n’est le plus souvent qu’un décalque de notre présent agrémenté de quelques hyperboles paresseuses (les « transplanétaires » remplacent les multinationales). En dehors des points qui intéressent RCW, comme la non-violence ou le végétarisme, la société n’a pas changé. Les explications scientifiques sont évacuées avec désinvolture : voyage supraluminique, colonisation des planètes… ne reçoivent aucune justification sérieuse. Le roman oscille sans cesse entre l’hommage et la parodie. On peut être touché par ce culte rendu aux Grands Vanciens, comme être agacé par l’accumulation de facilités.

L’autre caractéristique du Chant du cosmos, c’est le choix assumé de la lenteur, un refus du rythme soutenu qui est souvent la marque tant du space op’ que du hard-boiled. Ici, les évènements ne s’enchaînent pas, ils s’étirent sur plusieurs décennies. Les héros prennent leur temps pour faire progresser leur enquête. Ce refus de l’esbroufe et de la facilité du page-turner est louable, mais a pour contrepartie une torpeur généralisée qui contamine le lecteur et rend difficile d’arriver au bout de ces quelques 400 pages.

Ce roman apporte cependant un éclairage nouveau sur la psychosphère, concept central dans l’œuvre de RCW. On peut aussi le voir comme une tentative de revisiter (disons « déconstruire » ?) le space opera en y introduisant une bonne dose de légèreté goguenarde, en opposant à des héros cools et non-violents des adversaires ridicules qui, au fond, jouent à être méchants. Bref, Roland C. Wagner fait du space opérette.


Jean-François Seignol

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