Richard WOLFRAM, Michel PAGEL, Francis SAINT-MARTIN, Patrice VERRY, Philippe CAILLE, Jean-Claude DUNYACH, Eric VIAL
ARMADA
326pp - 16,00 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Spoiler warning : lecteurs et lectrices, voici sans doute le livre de Roland C. Wagner qui vous arrachera le plus de larmes. Pas du fait de son auteur, qui — on peut le supposer — n’y voyait qu’une vaste blague, du genre de celles, aussi nombreuses qu’imprévisibles, qu’il mitonnait pour son lectorat en usant de quarante-douze pseudonymes. Car enfin, qui peut se vanter d’avoir lu les « Futurs Mystères de Paris » sans un sourire en coin ? Un cycle qui, au passage, est une authentique conspiration de Léo Malet. (Un bon aparté, m’eût-il rétorqué.)
S’il prenait son métier d’écrivain au sérieux, Roland était aussi (surtout ?) un déconneur de première, et ce livre en est le témoignage encore frémissant. On ne remerciera jamais assez Francis (Z.) Saint-Martin, qui a dirigé cet ouvrage en prenant soin d’y intégrer ses illustrations d’époque, et ses complices (Michel Pagel, Éric Vial, Philippe Caille et bien d’autres) d’avoir recontextualisé ce récit qui, il faut bien l’avouer, risque de laisser pantois les plus jeunes lecteurs de Bifrost.
Rassurez-vous, ô petits scarabées jeunes padawans, si vous ne pigez que dalle aux empoignades entres fans de SF des années 1980, soyez sûrs que la tradition est encore respectée de nos jours. Mais l’essentiel, je l’ai dit, ce sont les témoignages de ceux qui ont connu RCW.
Donc, pour tenter de résumer l’irrésumable, sachez qu’en 1980 et quelques, un cataclysme a sonné le glas de la civilisation mais a épargné le fandom de SF. D’où une guerre sans merci entre Superjouanne, le maître de la Kro — et de la gifle au lecteur —, et Michel Pagel, le poussah poussif, qui n’hésitera pas à faire subir les derniers outrages à Miss Wintrebert dans une scène proprement jamesbondesque. Et pendant ce temps, dans l’ombre, Brutussolo rôde et Dunyach cherche désespérément à apprendre à écrire à ses petits camarades. Bien entendu, et pour citer Marcel Gotlib, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées est un vrai coup de pot.
Entre la date de publication de ce livre et celle où vous lirez ces lignes, d’autres nous ont quittés, dont BAD, un pilier du fandom surtout connu pour son habileté à bouger les oreilles (2), mais bien plus riche, complexe et généreux que cela — franchement, nous l’étions tous ou presque (3).
Des larmes, vous dis-je : cet hommage posthume en arracherait à une pierre, surtout si ladite pierre a connu cette époque et ses querelles de chapelles, ses rivalités dérisoires et ses fulgurances qui ne l’étaient pas moins…
Jean-Daniel Brèque
(1). Si l’on croit la couverture, le livre s’intitule Cycle du fandom ; mais sur la page de titre il est écrit Le Cycle du fandom. Par ailleurs, le © est daté 2014 et l’achevé d’imprimer 2015 — ce qui garantit la nature fanzinesque de l’entreprise... [NdLA]
(2). Authentique.
(3). Vous remarquerez que je ne cite pas de noms.