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Les critiques de Bifrost

Le Mal

Antonio MORESCO
DU CHEMIN DE FER ÉDS.
19,50 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

« Je m’appelle D’Arco et je suis un flic mort. »

À côté de la ville des vivants, le monde que nous connaissons, il y a la ville des morts, qui ressemble beaucoup à la nôtre, et où vont toutes celles et ceux qui sont morts pour y mener une vie assez identique. D’Arco a été buté par un gang de tueurs qui se déguisaient en mannequins en costume de mariage et sortaient après la fermeture des bureaux pour mener leurs exactions monstrueuses. Depuis cet assassinat, D’Arco « vit » donc dans la ville des morts. Il y est flic, comme avant. Un soir, il reçoit la visite d’un policier qu’il ne connaît pas. Ce dernier lui signale que depuis quelque temps, partout dans la ville des morts, les enfants chantent la nuit. D’Arco mène l’enquête, et découvre que ces chants nocturnes accueillent les nouveaux enfants qui arrivent dans la ville des morts. Sauf qu’il en arrive de plus en plus car, dans la ville des vivants, les meurtres d’enfants se multiplient et la police des vivants est débordée. D’Arco entreprend alors, accompagné d’un gamin sourd-muet qui lui servira de guide, le voyage vers son ancien monde pour le nettoyer, de manière radicale, de ses tortionnaires, violeurs et tueurs en série d’enfants. Mais pourquoi les meurtres d’enfants se multiplient-ils ? Quelle est réellement la mission de D’Arco ? Ce dernier va de massacre en massacre, avec l’inquiétante impression d’être manipulé, de ne plus rien comprendre…

Le Mal est un polar fantastique et métaphysique. La question lancinante qui l’habite, et que D’Arco explore tout au long de son voyage, est de savoir ce qui vient en premier : la mort ou la vie ? Le mal ou le bien ? Le crime ou le châtiment ? La haine ou l’amour ? Cette question, qui semble abstraite, devient très réelle au cours du roman : la ville des morts est-elle une sorte de purgatoire, ou bien ne serait-ce pas plutôt la ville des vivants qui devient invivable, à force de s’étendre, de s’ensauvager, de s’hyperconnecter en laissant le champ libre aux pires turpitudes et au désespoir ? D’Arco est-il un fantôme justicier ou un prophète guidé par un Virgile enfant ?

Ce Mystère — au sens mystique du terme — habite ce roman hallucinatoire à l’atmosphère poisseuse, torve, aux décors glauques faits d’entrepôts louches, de parkings déserts et de terrains vagues boueux, particulièrement bien servi par la prose incantatoire et poétique d’Antonio Moresco. Mi-roman fantastique, mi-polar, voilà un premier tome aux atours de réussite, même s’il ne satisfera sans doute pas les lecteurs qui goûtent peu le mélange des genres.

 

Fabrice Chemla

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