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Les critiques de Bifrost

Le Monde et vice versa

James MORROW
AU DIABLE VAUVERT
400pp - 24,00 €

Critique parue en octobre 2025 dans Bifrost n° 120

Dans ce roman, inédit en langue en anglaise (tout comme le précédent, Lazare attend, pourtant publié en France il y a 4 ans…), James Morrow s’attaque à un problème très actuel. Eamon Keen rédige des discours pour des hommes politiques dont il ne partage en rien la vision sociétale ; il tente de retrouver la flamme en écrivant un roman de fantasy, mais c’est un nouvel échec. C’est alors qu’il fait une rencontre étonnante, celle d’un homme qui vient du centre de la Terre. Ce dernier est en mission : son monde, baptisé Quondonia, va mal, menacé par une crise climatique car la Manticore (le noyau de la Terre), qui réchauffait Quondonia et permettait à ses habitants de prospérer, ne fonctionne plus. Aussi, le premier ministre souterrain a-t-il une idée lumineuse : faire un échange standard Manticore / Lune, ce qu’il estime être un troc gagnant-gagnant puisque notre monde, lui, est en plein réchauffement climatique ! C’est parti pour une aventure rocambolesque au centre de la Terre, dans laquelle le futur immédiat de Keen est systématiquement et très exactement prédit par un biscuit de fortune plutôt bavard qu’on croirait issu de l’imagination de Douglas Adams, où l’on croise des politiciens véreux, des rebelles idéalistes, y compris une sosie de Greta Thunberg baptisée Frida Jensen, mais aussi des monstres qui détruisent tout sur leur passage, incarnations souterraines des multinationales terrestres, notamment pétrolières, pour lesquelles les aspects environnementaux ne sont guère au cœur des préoccupations… Des aventures picaresques menées tambour battant, avec nombre de scènes drolatiques, des échanges parfois jouissifs qui cèdent toutefois le pas à des considérations plus alarmistes quand l’urgence de la situation est rappelée au lecteur. Bref, on ne s’ennuie pas une seconde. Mais la satire que nous propose Morrow force souvent le trait, parfois un peu trop (les fameux monstres évoqués ci-dessus), partant dans tous les sens tel un spectacle pyrotechnique pas totalement maîtrisé, ce qui donne régulièrement une impression de fouillis et amoindrit grandement la force de ce livre, pas le meilleur de son auteur, mais qui reste néanmoins agréable à lire.

Bruno Para

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