Amélie GÉAL
ROBERT LAFFONT
112pp - 12,00 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
Dans un futur proche, l’Humanité est parvenue à une forme d’utopie écologique et démocratique, le nouvel équilibre. Alors qu’elle attend les résultats du tirage au sort qui désignera les nouveaux membres de l’Assemblée planétaire du vivant, Alia apprend la mort de sa grand-mère. Durant les quelques jours qui précèdent les funérailles, elle repense à cette femme qui a joué un rôle majeur dans l’émergence de la nouvelle société…
À travers Alia et sa grand-mère, Amélie Géal raconte la mise en place de cette utopie et son fonctionnement quotidien. La description de ce futur proche peut parfois agacer par ses aspects lénifiants et une foi en l’Humanité qu’il est difficile de ne pas trouver naïve. Tous les problèmes ont été réglés en l’espace d’une génération : crise écologique et climatique, travail subi et capitalisme, violence, spécisme, industrie nucléaire… S’ajoute à cela un twist final digne d’une pièce de Molière.
Des défauts néanmoins compensés par plusieurs aspects intéressants, comme par exemple l’utopie qui a pour germe la prise de conscience globale de la souffrance animale (grâce à une innovation technique, nous sommes bien dans le cadre de la science-fiction). Amélie Géal jauge ainsi les progrès de la civilisation à l’attention que celle-ci porte aux plus faibles.
On lui sait gré, surtout, d’éviter les deux pièges souvent cachés dans l’utopie. Le premier, c’est le manque d’intérêt : dans un monde parfait, il n’existe plus de conflit, et donc plus d’intrigue. Pour pallier cela, il peut être tentant de bâtir l’histoire sur un défaut de la société imaginée ou sur l’amplification de certains traits jusqu’à l’absurde. Ce faisant, on transforme l’utopie en dystopie, trahissant le projet d’origine.
Amélie Géal réussit à naviguer entre ces deux écueils. Dans Le Nouvel équilibre, l’intrigue est ténue : une jeune femme effectue un travail de deuil et s’interroge sur ses origines. Mais, traitée avec beaucoup de subtilité, elle suffit à maintenir l’intérêt du lecteur. Et si le roman s’attache à décrire une véritable utopie, plutôt qu’une société malade de trop vouloir le bien commun, il comporte des passages sombres : la haine que portent (à juste raison) certains animaux à l’Humanité, ou encore la rémanence d’une violence terroriste inspirée de l’écologie radicale.
Si la novella partage des points communs avec Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson, le texte est moins sec, plus chaleureux. La description de l’utopie y est moins détaillée, et parfois un peu naïve, mais elle est aussi moins technique et davantage rattachée au quotidien : à hauteur humaine. Une première publication dans le champ science-fictif convaincante pour Amélie Géal, qui offre un regard original sur ce genre difficile à manier que constitue l’utopie.
Jean-François Seignol