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Les critiques de Bifrost

Le Test de Rungholt

Laurent GENEFORT, Laurent GENEFORT
ALBIN MICHEL
304pp - 21,90 €

Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122

Futur proche, du moins on l’imagine. Planète Terre. L’humanité a été contactée par la Mosaïque, une sorte de fédération d’espèces extraterrestres qui se propose d’admettre la race humaine en son sein. Mais, avant toute décision définitive, un test de cohabitation est nécessaire afin de déterminer si l’humanité peut vivre en bonne intelligence avec les milliers d’espèces qui composent la Mosaïque. Il faudra pour cela désigner une ville-test dans laquelle se croiseront humains et aliens sur le long terme, et juger si tout ceci s’harmonise — ou pas.

À l’issue d’un processus de sélection parmi les volontaires, une ville européenne est choisie pour sa diversité. Une ville sans charme ni attrait particulier, qu’on rebaptise Rungholt — du nom d’une cité frisonne engloutie — et dans laquelle on met en place le dispositif. Du début à la fin du test, vingt ans plus tard, Rungholt sera une « exclave » de la Mosaïque : plus rien ne pourra entrer de la Terre vers la cité et plus rien ne pourra en sortir vers la Terre — Rungholt devient temporairement une Urbi sans Orbi. En revanche, de nombreux portails permettront à des aliens de venir librement en visite dans la ville. Il s’agira alors de voir comment se comporteront les humains à l’endroit de ces étonnants visiteurs — c’est du moins ce qu’on imagine d’un test sur lequel peu de détails ont filtré. Et comme, les humains étant ce qu’ils sont, l’éventualité de meurtres n’est pas exclue, l’Institut médico-légal de la ville a été équipé — courtesy of la Mosaïque — de tout le matériel nécessaire pour prendre en charge des visiteurs aux morphologies et aux physiologies, y compris post mortem, radicalement différentes de celles de l’espèce humaine.

La brillante légiste Ingrid Belloc est nommée, à sa demande, à la tête de cet IML. Elle collaborera avec l’inspecteur Mendoza et le fixer alien D’jee’r afin de résoudre les morts suspectes impliquant des visiteurs dans les quelques jours que laisse la Mosaïque avant de récupérer les corps ou ce qu’il en reste.

Pour elle comme pour les autres qui sont restés ou venus à Rungholt, le test est une période de vingt ans durant laquelle ils ne pourront plus côtoyer les autres humains — ou leurs proches — demeurés à l’extérieur de la ville ; chose qui requiert un certain type de personnalité. Et, de fait, on comprend vite que Belloc, peu politique et dotée d’une piètre empathie à l’endroit des humains, est fascinée par les aliens qui sont pour elle une terra incognita , d’autant plus que la Mosaïque ne donne que très peu de détails sur le fonctionnement normal des corps extraterrestres, rendant ainsi la tâche de Belloc beaucoup plus ardue.

Quelles sont les causes de la mort ? Y a-t-il eu meurtre ou pas ? Ces questions, celles de tout légiste, en somme, deviennent extraordinairement complexes lorsqu’il s’agit d’organismes dont on ignore le fonctionnement nominal. C’est à ce défi que s’attaque Belloc, un défi qui lui évite, de surcroît, tout engagement émotionnel. Ce qui arrange bien cette solitaire peu liante et bien trop directe.

Le Test de Rungholt est présenté comme le premier tome d’une série. Il faut espérer que les suivants seront plus engageants, car celui-ci ne l’est guère. Laurent Genefort, qui avait réussi à rendre passionnants ses aliens de la série « Omale », ne trouve pas ici l’accroche qui attraperait le lecteur. Les morts suspectes se succèdent sans fil directeur véritable, les éléments médico-légaux sont trop étrangers pour permettre au lecteur de s’impliquer dans la réflexion de Belloc, les enquêtes n’aboutissent pas à grand-chose — contraintes diplomatiques obligent. Le tout constitue une enfilade de cas dont on finit par se désintéresser tant chacun n’apporte que peu de choses par rapport au précédent. Il y a certes une légère évolution psychologique, mais elle est trop discrète pour vraiment passionner. Et si la relecture par Antoine Tracqui laisse supposer une plausibilité certaine des autopsies, l’ensemble est trop peu dramatisé pour captiver.

Alors, faut-il lire ce tome 1 comme fondation d’une intéressante suite à venir ? Au lecteur de décider s’il veut prendre le risque.

 

Éric Jentile

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