Megan Whalen Turner
MONSIEUR TOUSSAINT LOUVERTURE
256pp - 18,50 €
Critique parue en janvier 2026 dans Bifrost n° 121
Qu’on aime ou qu’on s’en agace, Monsieur Toussaint Louverture sait y faire pour créer l’événement : la traduction de la saga « Blackwater » de Michael McDowell (cf. Bifrost 107) ou la réédition « remasterisée » de la fameuse Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. L’éditeur bordelais s’est lancé cet automne dans la publication du « Voleur de la Reine », hexalogie de fantasy de l’autrice américaine Megan Whalen Turner. Pourquoi ce cycle, paru outre-Atlantique entre 1996 et 2017, n’avait jamais été traduit ? Mystère. En tous cas, MTL a mis une nouvelle fois les petits plats dans les grands pour cette série : livres reliés cartonnés, avec tranchefil et légères dorures en couverture (plus une pelletée de goodies pour les commandes passées sur le site web, allant d’un vrai-faux dépliant touristique jusqu’à une… savonnette).
Avec « Le Voleur de la Reine », l’autrice nous emmène dans une péninsule montagneuse que se partagent trois royaumes rivaux — l’Attolie, Eddis, Sounis —, chacun ayant un avantage que les autres n’ont pas (des ressources vivrières, un accès à la mer, le contrôle d’un col de montagne très stratégique). Plus loin, il y a les puissances continentales, et surtout l’Empire mède, qui lorgne sur cette péninsule. L’atmosphère est méditerranéenne, les noms des acteurs et des lieux évoquant la Grèce ou Byzance. Dans ce monde, les dieux existent mais leur influence est limitée.
Le voleur du roman initial, c’est Gen. Ce jeune homme à la main leste croupit dans les geôles de Sounis après avoir tenté de dérober quelque Sceau royal. Le Mage officiel de ce royaume vient lui proposer cette alternative à la prison : l’accompagner jusqu’au cœur d’Eddis pour s’emparer d’un artefact. Gen accepte (a-t-il d’autre choix ?), et le voilà bientôt sur les routes avec ce mage et sa petite escorte. La première moitié du Voleur raconte donc ce voyage, Gen se montrant un narrateur geignard, plaintif et un tantinet agaçant. Passé le vol, morceau de bravoure que ne dédaignerait pas Indiana Jones, vient le retour vers Sounis. Et c’est là que les choses partent en vrille, Gen — et, partant, l’autrice — abattant ses cartes avec autant d’habilité que de roublardise.
Difficile d’évoquer La Reine d’Attolie sans gâcher les révélations qui ponctuent la fin du Voleur. Dans ce deuxième volet, le cadre s’élargit, emmenant le lecteur à travers les royaumes de la péninsule dans un jeu retors d’intrigues de cour. Pièges et complots se succèdent et s’emboîtent, pour le plus grand plaisir du lecteur. C’est bien simple, on en redemande. Et cela tombe bien : les quatre volumes suivants paraîtront entre cette année et la prochaine. Vivement.
Erwann Perchoc