Connexion

Les critiques de Bifrost

Les Derniers jours de mai

Roland C. WAGNER
LES MOUTONS ÉLECTRIQUES
272pp - 19,90 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Les Derniers jours de mai réunit en un volume deux romans parus en 1989 en FNA : Un navire ancré dans le ciel et La Mort marchait dans les rues. Une partition qui disparaît dans ce volume proposé par les Moutons Électriques, le diptyque initial s’y muant en un unique récit, par ailleurs suivi de « deux fragments inédits » (un début alternatif, un extrait retiré). Les néophytes peineront à y trouver de quoi les guider dans leur exploration de l’univers des Derniers jours de mai, celui-ci étant possiblement égarant… Le roman s’emploie en effet à déployer un imaginaire des plus foisonnant. Placé sous le signe de la SF, il en travaille en réalité de nombreux sous-genres. On y trouve de la spéculation scientifique, puisque Wagner y invente l’apparition d’un surgeon mutant de l’humanité, nanti de redoutables pouvoirs à l’instar de son protagoniste lapidairement appelé « le Killer ». Capable qu’il est d’annihiler par la seule force de sa pensée quelques dizaines de milliers de personnes… Ce à quoi s’ajoute de la politique-fiction, avec la peinture par Les Derniers jours de mai (écrit entre 1979 et 1989) d’une Europe des années 2010 en proie au fléau généralisé de la guerre civile, attisée par des « Milices » fascistoïdes. D’abord circonscrite à la seule surface de la Terre, l’action du roman décolle bientôt. S’essayant dès lors au space opera, Wagner imagine l’existence de divers peuples extraterrestres, les uns pacifiques, les autres moins… Mais la bigarrure générique du récit ne tient pas seulement à l’ampleur de la palette science-fictionnelle qu’il s’efforce de parcourir. Wagner le place encore sous le patronage d’André Breton en prénommant « Nadja » l’unique protagoniste féminin d’un roman par ailleurs très masculin. Manifestement influencé par le Surréalisme, l’auteur l’est peut-être aussi par le Situation-
nisme (ou en tous cas par une pensée disons « soixante-huitarde »), dont on est tenté de trouver les échos théoriques dans ses pages dénonçant la fabrique manipulatoire de l’opinion. Soit une parenté idéologique qui rapprocherait Wagner du néo-polar français des années 1970, auquel Derniers jours de mai semble par moment emprunter, notamment dans ses pages dévolues à la déréliction toxicomane… Or, c’est en un espace littéraire bien étriqué que Wagner s’efforce d’intégrer un imaginaire se voulant pourtant aussi ample. L’écriture de RCW, somme toute fort classique, peine à donner ce qu’il faudrait de relief à sa marqueterie référentielle, à l’étroit dans ses quelque deux cents pages. Il devient dès lors difficile de se passionner pour un texte aux allures de collage citatif, en réalité plus touffu que foisonnant…


Pierre Charrel

Ça vient de paraître

Jours de Gloire

Le dernier Bifrost

Bifrost 123
PayPlug