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Les critiques de Bifrost

Les Derniers jours de Maple Street

Sarah LANGAN
FLEUVE NOIR
496pp - 22,95 €

Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123

Le merveilleux pays de Donald Trump. Futur (très) proche. Les Wilde, des prolos en quête d’ascenseur social (lui ancien chanteur ayant connu un petit succès, reconverti en vendeur de photocopieurs, elle ancienne miss quelque-chose, enceinte de son troisième lardon) s’installent à Maple Street, une banlieue pleine de petits bourgeois aussi bien-pensants qu’étriqués qui assomment leur incurie à grands coups d’anxiolytiques et d’alcool, le tout caché derrière des façades proprettes et des pelouses tondues au cordeau. Bien sûr, pour les Wilde et leur accent de Brooklyn, s’intégrer dans cette sanie d’hypocrisie consensuelle s’annonce compliqué. D’autant que le changement climatique, lui, achève de chausser ses grosses bottes cloutées pour tout écrabouiller, avec en guise de hors-d’œuvre une canicule étouffante et rien moins qu’un gouffre (une doline), qui s’ouvre au milieu de ce joli panorama propret en dégageant une odeur écœurante, sans oublier de provoquer un reflux pétrolifère dégueulasse que les jolies pelouses sus-évoquées vont assez peu apprécier — métaphore transparente de la réalité de la nature humaine cachée sous le fond de teint d’une prétendue réussite sociale. Et quand l’un des gamins du coin disparaît dans ledit trou, les masques se craquellent et tout explose sous les coups de boutoir d’une réalité sociale aussi implacable que tyrannique.

Premier titre traduit par chez nous de Sarah Langan, triple lauréate du Bram Stoker Award (pour des nouvelles, toutes inédites), Les Derniers jours de Maple Street est un curieux bouquin. Du côté des réussites, la chronique de mœurs dans un contexte de déliquescence de l’empire américain s’avère imparable. Et la peinture sociale est à l’avenant. Certains persos, remarquablement caractérisés, emportent l’adhésion. Et la construction, lardée de coupures de presse et de témoignages, fonctionne bien. De l’autre, on peine tout du long à se départir du sentiment que l’autrice enfonce les portes ouvertes plus qu’à son tour. Certains choix de traduction, notamment question niveau de langue dans les dialogues, peinent à convaincre (à moins que ce soit la VO ?). Et surtout, bordel, c’est looooong… En trois cents pages, cette chronique d’un désastre annoncé aurait peut-être été une petite bombe comme on les aime. Mais là, en l’espèce, en près de cinq cents, si on avale l’ensemble sans trop de déplaisir, le délayable finit par lasser plus qu’un peu. Dommage, car il ne fait aucun doute que Sarah Langan a du talent. Mais qu’on lui offre des ciseaux, par pitié, et pas que pour trucider ses personnages…

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