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Les Joyaux de la couronne

Ce premier roman de la série des « divertimenti » mettant en scène le voleur Drake Maijstral fait tout honneur à ses prétentions : on s'y amuse, vraiment.

Il ne s'agit pas de Fantasy mais bien de Science-Fiction, de cette SF à la Jack Vance récemment publié dans la collection (voir article dans Bifrost 07). Sur fond d'empire galactique, Walter Jon Williams brode une société raffinée, sophistiquée, aux allures furieusement Renaissance où l'assaut de courtoisie est de rigueur. Cette débauche de raffinement n'est pas sans rappeler Ian McDonald : mais là où McDonald est sombre, Williams est enjoué, son écriture gorgée d'un humour tout en finesse, d'une trop rare saveur, tant dans les réparties que dans les diverses situations souvent bouffonnes.

SF certes, mais qui ravira tant les amateurs de Fantasy que ceux de romans de capes et d'épées façon XlXe siècle ; il y a là de l'Arsène Lupin, du Zorro, du Rocambole, et on savoure du début à la fin. De somptueuses villas sont dévastées, la ferblanterie robotique répand volontiers ses rouages à même le marbre, mais les antagonistes s'en sortent toujours avec quelques bosses et seule la grande méchante brute se voit occire d'une jardinière en plomb sur l'occiput. Williams préfère réunir tout ce joli monde pour une pavane en salle de bal. Tout commence d'ailleurs ici et s'achèvera de même : un jeu, rien qu'un jeu.

Après avoir été conquise par les Khosali, la Terre a secoué le joug impérial et s'en est libérée, créant une situation politique inédite et tendue cependant que la Haute Coutume continue de présider aux rapports sociaux de l'aristocratie. C'est dans ce contexte que réapparaît sur le catalogue d'une vente aux enchères un reliquaire cryogénique impérial contenant le foutre de l'empereur Nnis CIVème. Ainsi qu'il se doit, Maijstral le dérobe mais sa mère, la comtesse Anastasia, impérialiste convaincue, fait enlever sa commanditaire, Amelia Jensen, une farouche indépendantiste. Maijstral la délivre et l'abuse financièrement… Et l'affaire se poursuit jusqu'à un dénouement qu'il vous faudra découvrir par vous-même. On se plaira à rencontrer toute une galerie de personnages hauts en couleur que l'on ne manquera bien sûr pas de rapprocher de la série d'Anthony Villiers, le dandy aventurier créé par Alexeï Panshin (lire l'article sur les « Petits Maîtres de la SF » consacré à cet auteur dans Bifrost 05) qui est probablement le plus proche parent littéraire de Drake Maijstral.

La problématique est ténue, totalement fondue en arrière-plan, hors sujet mais nullement absente. Cette société civilisée et policée où les conflits se subliment dans la subtilité plaît manifestement à son auteur-créateur. Fin observateur de la nature humaine, Walter Jon Williams jongle avec les intérêts personnels, les fidélités collectives et le code de l'honneur de ses protagonistes ; entre un cynisme de bon aloi et un idéalisme bien tempéré, existe une large frange où s'abattent les gens raisonnables. Quant aux racistes, ils n'héritent que de la part du pauvre. Williams offre même à ceux qui se sont fourvoyés sur cette voie de volter vers une sortie honorable.

Sous la plume de Walter Jon Williams, le divertissement se pare des atours du grand art. Il nous régale d'une esthétique somptueuse et sensible, aussi attend-on la suite tout piaffant d'impatience.

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