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Les Royaumes du Mur

Il  y a deux ans, dans sa nouvelle Carnets d'Henri James (in Les Eléphants d'Hannibal), Robert Silverberg faisait dire à cet auteur, parlant de l'un de ses amis écrivains : « Le meilleur de son œuvre est derrière lui, et il est évident qu'il le sait. Je prie Dieu, s'il existe, de ne pas me réserver pareil destin. » Il est certes facile pour le critique de sortir une phrase de son contexte et d'en tirer les conclusions qui l'arrangent, mais il n'en reste pas moins indiscutable que les derniers romans de Silverberg font pâle figure face aux chefs-d’œuvre qu'il signa il y a un quart de siècle. Dans une interview récente à la revue américaine Locus, l'auteur reconnaissait se sentir mal à l'aise avec la Science-Fiction actuelle et les contraintes du marché. Visiblement peu attiré par les thématiques modernes, il a ces dernières années opté pour un classicisme auquel il ne nous avait guère habitué, tant sur le fond que sur la forme, et s'est retrouvé catalogué, bon gré mal gré, « vieille gloire de la SF américaine ». Bref : un homme du passé.

Certes, Les Royaumes du mur, comme les romans qui lui ont succédé, n'est pas foncièrement mauvais. Les personnages que Silverberg met en scène sont plutôt attachants, et la société extraterrestre qu'il décrit, si elle n'est pas des plus originales, n'en est pas moins intéressante. Reste que l'on a l'impression d'avoir déjà lu cette histoire de pèlerins partis à la rencontre de leurs dieux des dizaines de fois, et que ce récit souffre de sa linéarité — au fil de leur progression, les héros affrontent un danger, puis un autre, puis un autre… Au bout du compte, si l'on n'a pas l'impression d'avoir perdu son temps à la lecture de ce livre, on a néanmoins tôt fait de le ranger dans quelque recoin poussiéreux de sa mémoire. Et l'admirateur de Robert Silverberg de constater, désolé, que celui-ci écrit désormais des romans oubliables.

Les vieux routiers de la Science-Fiction pourront retrouver dans Les Royaumes du mur le plaisir éprouvé à recevoir des nouvelles d'un vieil ami que l'on ne voit plus guère depuis qu'il est parti couler une retraite paisible sur la côte. Quant aux jeunes gens qui nous font le plaisir de nous lire, nous leur conseillons ardemment de faire un détour par les deux « Omnibus » récemment publiés par les Presses de la Cité, ils comprendront sans mal ce qui faisait de Silverberg un auteur d'exception.

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