Doug s’achète un robot sexuel : Annie (d’où le jeu de mot du titre VO Annie Bot / any bot : n’importe quel robot). Annie se révèle experte au lit, à la fellation et au reste. Mais bon, pour le ménage, c’est pas ça. Alors Doug s’achète un deuxième robot, pour faire tout ce qu’Annie ne fait pas, y compris baiser sans expertise, ce qui a aussi son charme. Et maintenant que Doug possède deux robots de sexe féminin (aucune ne souffrant de règles douloureuses ou d’endométriose, cela va sans dire), il peut imaginer des tas de choses passionnantes comme des plans à trois, à quatre avec un pote, etc. Évidemment, toute cette belle mécanique va dérailler…
Plusieurs choses surprennent dans ce roman, pas forcément en bien, d’ailleurs. Avant tout c’est le style, tellement maîtrisé, tellement carré qu’il en devient monotone. Puis la dimension psychologique. Les pensées d’Annie sont livrées avec moult détails, on ressent tout ce qu’elle ressent : quand elle couche avec Doug, quand il n’est pas là, quand elle le trompe avec un de ses amis, ne sachant pas trop si c’est ce qu’elle devait faire par politesse, ou pas, quand elle est en charge, quand sa rivale fait le ménage. Le décalage est d’abord rigolo, c’est ce qu’il y a de plus réussi, mais ça ne va pas très loin — King Kong Théorie est passé par là, c’était il y a vingt ans, déjà. Et puis, lentement mais surement, le château de cartes s’effondre un peu plus chaque fois que Sierra Greer veut parler technique, logiciels, ingénierie, IA (des sujets qu’elle n’a pas l’air de maîtriser totalement, disons-le comme ça).
On ne voit pas trop à qui s’adresse l’ouvrage ; les lecteurs de science-fiction vont trouver cette version 2.0 des Femmes de Stepford (1975) assez convenue, peu palpitante. Quant aux lectrices de littérature générale (la cible principale, a priori, Mademoiselle Robot étant publié en blanche), pourquoi se pencheraient-elles sur ce roman très années soixante-dix, puisque la littérature féministe est d’une grande richesse et propose régulièrement des œuvres coup-de-poing ô combien plus pertinentes.
Thomas Day