Jean-François THOMAS
HÉLICE HÉLAS
296pp - 28,00 €
Critique parue en avril 2026 dans Bifrost n° 122
Onze nouvelles et quatre poèmes. Voilà ce qui nous est proposé ici.
La première, « Briefing »,nous fait découvrir le comité de direction de la colonisation d’une exoplanète. Un texte court, dont on savourera la chute, et qui ouvre le recueil en fanfare.
« Rencontre Olfactive »pastichant Arthur Conan Doyle et son célèbre et irascible professeur Challenger qui, cette fois, a promis d’attirer les extraterrestres avec des odeurs. Y parviendra-t-il ? Vraiment ? Sera-ce encore un triomphe de la science ?
« Bon Débarras », l’unique texte inédit de l’ensemble, offre une légère touche d’humour. En vue d’une émission de télé, un bricoleur retape un schmilblick qui s’avère une sonde extraterrestre arrivée sur Terre après un très long voyage et…
Pacifiste et ironique, « Le Recruteur »est riche d’allusions à H.G. Wells, J. H. Rosny aîné, Joe Haldeman et, plus inattendu, aux Fruits du Métaxylia , roman de Jean-Louis et Doris Le May de 1972 — loin d’être leur meilleur.
Les magiciennes dentelées, éponymes à la nouvelle et au recueil, sont de très grandes sauterelles carnivores vivant de la France à la Chine. Elles ont été appelées en renfort pour défendre les plantations de maïs, et un policier doit enquêter sur la disparition d’un paysan…
« Stop Statues »est un space opera tout ce qu’il y a de plus classique où un astronef en difficulté doit faire escale sur un monde étrange. Autre allusion au couple Le May, avec un personnage nommé Loriscamp. Un récit sympathique, même si on voit vite où l’auteur nous emmène.
« Partir, c’est mourir un peu » est une histoire de téléportation qui illustre bien son titre, où le cynisme de l’armée est confronté à une technique ne fonctionnant pas comme prévu.
Dans « Stupre et Faction », la technique fonctionne fort bien, malheureusement, tant elle est l’œuvre d’un savant fou de la plus belle eau, sorte de capitaine Nemo avide de vengeance n’ayant rien trouvé de mieux que de libérer les pulsions libidinales de l’humanité afin d’en saper la morale. Peut-être le récit le moins convaincant du recueil.
« Fahrenheit 41 » est le plus court de ces onze textes. Pas l’un des meilleurs non plus, mais l’un des plus sombres, encore estampillé du sceau de l’échec quoique finissant sur une faible note d’espoir.
Pas d’échec technique cette fois pour « Les Tubercules de Trivia », autre planet opera, où l’auteur manifeste une misanthropie radicale, l’homme étant irrécupérable. Sur cette planète idyllique la pleine lune est toxique, mais pas quand elle est gibbeuse, mwouais… Là n’est toutefois pas le propos : quand ça ne va pas comme elle veut, l’humanité ne sait que flinguer à tout va, quitte à s’en sentir coupable après, mais après seulement.
Et l’une des meilleures, pour finir, une nouvelle qui, pour une fois, n’est pas foncièrement technophobe. « Chakrouar III » laisse place à davantage d’optimisme, sous un brin d’humour.
Quant aux poèmes qui concluent l’ensemble, ils sont moyens pour le premier et le dernier, bons pour les deux autres.
Bien que davantage tourné vers l’espace, les planet opera y prenant une belle part, ce recueil devrait plaire à ceux qui ont apprécié celui de Claude Ecken, L’Echelle de Richter. La plupart de ces récits sont empreints de technophobies, mais celle ici à l’œuvre diffère de celle d’Ecken qui insistait sur l’aspect négatif des diverses techniques qu’il mettait en jeu. Pour Jean-François Thomas, la technique, écrasée sous sa propre complexité, finit par ne plus marcher… Même si inégal — le lot de tous les recueils ou presque — l’ensemble vaut le détour et rappelle à qui en douterait qu’il existe bel et bien une science-fiction suisse.
Jean-Pierre Lion