Joey COMEAU
FLEUVE NOIR
240pp - 19,95 €
Critique parue en juillet 2026 dans Bifrost n° 123
Surtout connu pour le webcomics A Softer World, Joey Comeau n’est pas du genre à susciter l’effervescence dans nos contrées, à moins d’avoir lu Surqualifié : lettres à des sociétés sans visage, ouvrage dans lequel il se signale pour son humour grinçant et une certaine propension pour la satire. Massacre au camp de vacances ne déroge pas au style de l’auteur. À vrai dire, le roman a le mérite de la simplicité, n’embarquant pas le lecteur dans une intrigue trop emberlificotée. On repassera aussi pour l’aspect psychologique, le propos se réduisant à celui d’une pochade sanglante et cathartique.
Comme tout bon slasher qui se respecte, d’aucuns évoqueront également non sans malice le filon du film d’exploitation, Massacre au camp de vacances est bâti sur le principe de la surenchère horrifique, un crescendo bien gore dont le caractère outrancier transpire dès les premières pages, désamorçant toute velléité de voyeurisme malsain. Le décor est bien connu des aficionados, puisqu’il s’agit d’un camp de vacances isolé dans la nature, huis clos propice au déchaînement des pulsions, celles d’Éros comme celles de Thanatos. Entre forêt et mer, on sent en effet très rapidement, à quelques détails glissés dans la narration, un peu de terre sur le revers d’un pantalon et une tombe fraîchement comblée, que les lieux sont tout sauf un havre dédié à l’amusement enfantin. Dès l’entame du récit, qui voit le prêtre chargé d’animer le camp, et accessoirement délivrer la bonne parole, dérouler un discours un tantinet grevé de clichés, on pressent que les événements vont prendre une tournure plus sanglante. Le bougre ne tarde d’ailleurs pas à dévoiler son penchant pour les crânes fracassés, les éviscérations, les castrations et les démembrements. Du nanan pour l’amateur de gore. On connaît leur nom ! Bref, rien de vraiment original, si ce n’est le choix du personnage principal, Martin, un jeune garçon de dix ans, seul enfant d’une accessoiriste bien connue des réalisateurs de films de série Z pour la qualité de ses effets visuels horrifiques. Le regard initié de Martin aurait pu composer un point de vue original sur les méfaits du prêtre tueur. Hélas, le jeune garçon préfère focaliser ses pensées weird sur le joli minois d’une pré-adolescente ne dédaignant par les télescopes. Ne cherchez aucune allusion grivoise, quoique…Ne nous voilons pas la face, Massacre au camp de vacances n’entre pas dans la catégorie des Grands romans, y compris ceux appartenant aux mauvais genres. L’intrigue est d’une platitude qui plaira aux défenseurs de la théorie de la Terre plate, se cantonnant à un jeu de massacre un tantinet prévisible à la longue. Fort heureusement, le roman de Joey Comeau a le mérite de la brièveté — sans parvenir vraiment à masquer complètement sa légèreté faillible. Et ce n’est pas la tentative de dialogue décalé entre Martin et sa mère, via un internet défaillant, qui peut amender ce constat. Dommage, car il y avait matière à écrire un autre roman avec le récit surréaliste du séjour de la mère du garçon à Toronto. Mais, tout ceci restera un angle mort.
Au final, ce Massacre… a toutes les apparences du plaisir coupable. Un roman vite lu, sans autre ambition que de susciter quelques réminiscences régressives. Avis aux amateurs de Linda Blair et des films d’exploitation.
Laurent Leleu